Libération de tous les syndicalistes de Hong-Kong emprisonnés ! Levée de toute poursuite judiciaire et inculpation contre Carol Ng, Lee Cheuk-yan et Winnie Yu Wai‑ming !

Nous, militants syndicalistes, attachés aux droits à l’organisation des travailleurs, quel que soit le pays, exigeons la libération immédiate de tous les syndicalistes arrêtés à la suite de la vague d’arrestations du 6 janvier 2021, l’abandon des poursuites et la levée de toutes les inculpations contre les dirigeants de la HKCTU Carol Ng et Lee Cheuk-yan, ainsi que contre Winnie Yu Wai-ming, présidente de l’Alliance des employés des hôpitaux. Les organisations syndicales de Hong Kong doivent pouvoir exercer librement leurs activités en défense des droits des travailleurs.

Votre exigence sera envoyée par mail à l’ambassade de Chine en France avec copie à la Commission d’enquête Chine et à la confédération HKCTU dès que vous aurez appuyé sur ce bouton.

N’hésitez à adresser votre prise de position également par la poste à : Ambassade de Chine 20 rue Monsieur, 75007 Paris


Signataires au 12 janvier

ALLIOT Jean-Pierre, ancien rédacteur en chef de FO Hebdo ; ATTIAS Christophe, syndicaliste FO (47) ; BARROIS Jean-Pierre, maître de conférence retraité, Université de Paris-Est ; BASILIO Marie, retraitée (21) ; BATTISTON Stella, syndicaliste CGT PTT 28 ; BENATTI Karim, syndicaliste SNUDI FO 77 ; BERGUE Simon, syndicaliste FO inspecteur permis de conduire (28) ; BIANCO Lucien, historien sinologue ; BONNETON Didier, secrétaire du syndicat départemental du SNFOLC de l’Ain (01) ; BONY Dominique, syndicaliste CGT-FO (21) ; BONY Alain, syndicaliste CGT-FO (21) ; BONY Jonathan, syndicaliste SNFOLC (21) ; BRUSSIER Isabelle, syndicaliste FO (71) ; BUI Jérôme, syndicaliste SNUDI FO (77) ; BULTEZ Sylvie, secrétaire académique, SPAASEN FO (75) ; CABO Jean Emmanuel, syndicaliste FO AP-HP (75) ; CAPDEVIELLE Jérôme, syndicaliste FO (66) ; CARRON Thierry, syndicaliste FO, groupement hospitalier de la Mutualité de Grenoble (38) ; CHASLE Damien, syndicaliste CGT cheminot (80) ; CORBEX Pascal, syndicaliste, Fédération nationale FO Action sociale ; CORDELIER Odile, SNES FSU ; DANRY Édith, professeure retraitée SNES FSU (21) ; DAVANTURE Olivier, syndicaliste FO (21) ; DAVID Jean-Marc, ancien maire de Sainte-Marie-sur-Ouche, syndicaliste cheminot CGT (21) ; DECOSSE Gaétan, syndicaliste enseignant (47) ; DUMEUNIER Jacques, syndicaliste CGT (31) ; DENIZO Alain, Commission d’enquête Chine ; DI BENEDETTO David ; DURIAUX Stéphanie, syndicaliste FO (71) ; DUTHEIL Daniel, syndicaliste FO AP-HP (92) ; FABRE Guilhem, sinologue ; FOREY Elsa, professeure de droit FO ESR ; FOUILHE Gilbert, secrétaire général UD FO (34) ; GAGEOT Françoise, syndicaliste FO enseignement (22) ; GIRARDET Christophe, syndicaliste CGT Ministère du travail ; GIRAUDON Liliane, écrivaine ; GLUCKSTEIN Benjamin, syndicat CGT des Cadres et Techniciens de la Ville-de-Paris ; GODARD Cyrille, syndicaliste CGT FAPT (47) ; GOUDET Simone ; GOUDET Monette, retraitée de l’Éducation nationale ; GROS Dominique, syndicaliste FO ESR (21) ; GUETTA David, syndicaliste banque CFE CGC (75) ; GUILLAUMA Ludovic, syndicaliste Finances publiques FO DG FIP ; GUILLOT Dominique, syndicaliste FO Finances publiques ; HERZOG Amalia, syndicaliste CGT As.Mat (93) ; HOLZMAN Marie, sinologue ; HOSSAIN Myriam, syndicaliste CGT As.Mat (93) ; HUDE Stéphanie, syndicaliste SNUTEFE FSU; ICARD Philippe, professeur de droit FO ESR ; JARRY Éric, secrétaire général de l’UD d’Eure-et-Loir (28) ; JASTRZEBSKI Céline, secrétaire du SNFOCOS de Bretagne (22) ; JOSEPH Gabrielle, syndicaliste FO (04) ; JOUTEUX Mickael, syndicaliste SNFOLC (69) ; KHARBACH Aicha, syndicaliste FO Com, (89) ; KEHRLI Pierre, syndicaliste SNUDI FO (68) ; KERMIN syndicaliste CGT, EDF(89) ; KNAPP Stéphane, syndicaliste FO, AFPA (22) ; KRZYWONOS Wladyslaw, syndicaliste retraité CGT (71) ; LAFOND Éric, syndicaliste SNUDI FO (47) ; LAMBERT Michel, syndicaliste Sécurité sociale, conseiller municipal de Seurre (21) ; LARRAT Michèle, syndicaliste, Union locale FO de Houilles Sartrouville (78) ; LAVANANT Yves, syndicaliste SNETAA FO (21) ; LEFEBVRE Jack, syndicaliste enseignant FSU (78) ; LE COURTOIS Eric, secrétaire général de l’UD FO des Côtes d’Armor (22) ; LEMAY Tino, syndicaliste SNFOLC (71) ; LEVECQUE Anne-Catherine, enseignante retraitée (57) ; LO MONACO Dominique, syndicaliste CGT Finances publiques (38) ; LOISON Patrice, trésorier de l’UD FO des Côtes d’Armor (22) ; MARCHAL Mathieu, syndicaliste enseignant FO (34) ; MARTIN Benoit, secrétaire général de l’UD CGT de Paris (75) ; MATHIEU Bertrand, syndicaliste FO Com, (89) ; MARSOT Bruno, syndicaliste FO Organismes sociaux (21) ; MARTIN Vincent, syndicaliste FO AP-HP Cochin (75) ; MENET Charles, syndicaliste FO section ALSTOM TIS, Saint-Ouen (93) ; MILANINI Jean-Louis, syndicaliste SNETAA FO ; MILLOT Reynald, syndicaliste FO (89) ; MONNIER Gérard, syndicaliste SNFOLC (22) ; MORRIS Paul, écrivain ; MOTTIER Stéphane, secrétaire départemental SNUDI FO Côté d’Armor (22) ; MULAK Pierre, syndicaliste métallurgie CGT (92) ; PATY Jean François, syndicaliste CGT FAPT (28) ; PEGE Frédéric, syndicaliste postier CGT PTT (28) ; PEIGNE Marie, SNFOASEN (syndicat national FO des assistants sociaux de l’Éducation nationale) ; PITAUD Christophe, syndicaliste FO (71) : PRIVOLT Grégoire, syndicaliste SNUDI FO (69) ; RODRIGUEZ Lucie, syndicaliste FO (32) ; ROUVRAIS Patrick, syndicaliste FO santé (89) ; SAADA Betty, syndicaliste, personnels des assurances FO (45) ; SALLES Patrick, militant CGT retraité, (89) ; SMITH Antony, syndicaliste CGT, Ministère du Travail ; STANDAERT François, syndicaliste enseignant FO (80) ; STOBNICER Maurice, SNFOLC (93) ; TEIXEIRA Dominique, syndicaliste CGT Finances publiques (92) ; THEBAULT-JARRY Martine, syndicaliste SNUDI FO (38) ; VICENS Valérie, syndicaliste CGT, Ministère du travail ; VILATTE Sandrine, syndicaliste CGT As.Mat. (93) ; VILLETTE Jean-Paul, syndicaliste CGT métallurgie (71) ; VIVIN Jean-Marc, retraité FR3, syndicaliste CGT.


SPASEEN FO 75 ; SNES FSU ; syndicat CGT des Cadres et Techniciens de la Ville-de-Paris ; Union locale FO de Houilles-Sartrouville (78) ; syndicat CGT FAPT 28 ; section Isère CGT Finances publiques (38) ; syndicat FO Villa Castera (32) ; section syndicale d’Assistantes maternelles CGT de Bagnolet-Les Lilas (93) ; syndicat CGT Éduc’action de l’Hérault ; syndicat national FO des assistants sociaux de l’Education nationale.

La Commission Enquête Chine s’adresse à nouveau à l’ambassade pour être reçue

Commission Enquête Chine
Communiqué n°4, 13 janvier 2021

La Commission Enquête Chine poursuit son travail d’information et de mobilisation pour la libération des syndicalistes de Hong Kong arrêtés et l’abandon des poursuites à leur encontre. Elle a décidé de s’adresser de nouveau à l’ambassade pour être reçue.

Dans une interview que la « Lettre d’information Chine »* va publier prochainement, Carol Ng, la présidente de la confédération syndicale HKCTU arrêtée le 6 janvier au petit matin et libérée au bout de 36 heures de garde à vue épuisantes, affirme : « Maccuser davoir participé à la primaire au nom de la HKCTU dépasse les bornes. Les élections sont garanties par la loi fondamentale de Hong Kong. A travers moi, cest la HKCTU qui est visée comme syndicat. Le régime ne nous voit donc pas dun bon œil. Cest aussi une attaque contre les droits ouvriers, le droit à sorganiser et le droit à la négociation collective. »

Liberté pour tous les syndicalistes, pour tous les militants !

Abandon de toute poursuite et levée de toute inculpation !

La Commission Enquête Chine publie dans le document joint une première liste de signataires de la pétition du 7 janvier. Elle invite les signataires à poursuivre cette campagne pour les droits ouvriers et les libertés démocratiques, elle invite les syndicalistes à faire connaître la pétition dans leur syndicat et plus largement à tous les citoyens attachés à la défense de ces droits. « Il est très important que les organisations syndicales internationales se mobilisent, que les appels des syndicats nationaux se multiplient », explique Carol Ng. Si vous ne l’avez encore fait, signez l’appel en cliquant ici.


* La « Lettre d’information Chine » est publiée deux fois par mois par la Commission Enquête Chine (22 numéros, 20€ ; informations à : comenchine@wanadoo.fr).

Délégation à l’ambassade de la République populaire de Chine pour exiger la libération des syndicalistes de Hong Kong arrêtés et l’abandon des poursuites à leur encontre

La délégation devant l’ambassade de Chine à Paris, le 11 janvier 2021 pour exiger la libération des militants de la HKCTU

Commission Enquête Chine 
Pour la libération des syndicalistes de Hong Kong arrêtés

et l’abandon des poursuites à leur encontre

Communiqué n°3, 11 janvier 2021

Ce lundi 11 janvier à 10 heures, la Commission Enquête Chine a conduit une délégation de dix syndicalistes (CGT, FO, FSU) de l’enseignement, de la métallurgie, d’Aéroports de Paris, des Finances publiques, de l’AP-HP, de l’Assemblée nationale et de l’Action sociale qui s’est rendue à l’ambassade de la République populaire de Chine pour exiger la libération de tous les syndicalistes arrêtés à Hong Kong et l’abandon des poursuites judiciaires à leur encontre. La Commission Enquête Chine avait demandé, dès l’annonce des arrestations le 6 janvier, par courrier postal que soit reçue en urgence cette délégation.

L’ambassade a indiqué par la voix de l’hôtesse d’accueil n’avoir pas connaissance d’un rendez- vous et de renouveler la demande par mail, ce que la délégation a refusé arguant de l’absence systématique de réponse circonstanciée, preuves sur smartphone à l’appui. A notre demande, l’hôtesse a de nouveau transmis notre souhait que la délégation soit reçue, mais sans succès : « Ils sont en réunion », explique-t-elle.

La délégation a donc décidé d’attendre… Au retour de l’hôtesse déclarant que la demande de rendez-vous n’avait sans doute pas encore été traitée, la délégation a expliqué :
« Nous sommes des syndicalistes, il y a ici présents des syndicalistes qui défendent les intérêts de dizaines de milliers de travailleurs tous les jours, nous ne représentons pas l’Etat, le gouvernement ou M. Pompeo, nous sommes venus dire à l’ambassadeur que tous les syndicalistes de Hong Kong doivent être libérés et que les poursuites judiciaires à leur encontre doivent être abandonnées. Au moment où la compagnie d’aviation Cathay licencie 6000 salariés et annonce qu’elle ne veut plus entendre parler de négociation d’accord collectif avec les syndicats, qui seraient « d’un autre âge », tout syndicaliste est en droit de dire que les travailleurs de Hong Kong ont besoin de leurs syndicats, de leurs militants et de leurs dirigeants. Ils n’ont commis aucun crime, leur place est aux côtés des travailleurs, pas derrière des barreaux ! Voilà ce que nous voulions dire. Donc nous allons renouveler notre demande par lettre recommandée et revenir. » Au bout d’une heure, la délégation a quitté l’entrée de l’ambassade.

Carol Ng, la présidente de la Confédération des syndicats de Hong Kong HKCTU a dit à sa sortie de garde à vue : « Cette épreuve de 36 heures était épuisante, mais elle ne décourage en rien notre détermination pour les luttes et la démocratie. Le tunnel est peut-être long et sombre, mais au bout il y aura la lumière ».

La Commission Enquête Chine aussi est encouragée à poursuivre une campagne qui a vu en quelques jours de nombreux syndicalistes et syndicats, unions locales et départementales, fédération, des confédérations FO et CGT, de FSU, de Solidaires prendre position. L’heure est à affirmer une véritable solidarité protégeant les syndicalistes de Hong Kong de la répression !

Ce compte rendu sera transmis ce jour même à la HKCTU.

La délégation de syndicalistes et la Commission se déclarent prêtes à se rendre à Hong Kong, porteuses des témoignages de solidarité du mouvement ouvrier français, pour rencontrer les responsables de la HKCTU dès que les conditions sanitaires le permettront.

La Commission Enquête Chine continuera d’informer de la marche en avant de cette campagne. Elle appelle d’ores et déjà à la solidarité financière.

La délégation : L. Bénizeau, JE Cabo, P. Corbex, P. Dorat, D. Guillot, J. Lefebvre, V. Martin, C. Menet, P. Mulak, F. Rampin

La Commission Enquête Chine : A. Denizo

Commission Enquête Chine
Courrier : Alain Denizo 25 rue Ledion, 75014 Paris
Mail : comenchine@wanadoo.fr
Chèques à l’ordre de Commission Enquête Chine (mentionner au dos « Solidarité Hong Kong »).
Virement : Iban FR76 3000 4003 5400 0031 4429 362

Libération sous caution le jeudi 7 janvier de Carole Ng, présidente de la Hong Kong Confederation of Trade Unions (HKCTU), et de Winnie Yu Wai-ming, présidente du syndicat des personnels hospitaliers

Commission Enquête Chine
Communiqué n°2, 8 janvier 2021

La Commission Enquête Chine a été informée ces dernières heures par ses correspondants de la libération sous caution hier soir de Carole Ng, présidente de la Hong Kong Confederation of Trade Unions (HKCTU), et de Winnie Yu Wai-ming, présidente du Syndicat des personnels hospitaliers. Carole Ng a décrit sa garde à vue comme « 36 heures épuisantes, mais qui n’entament pas sa volonté de combattre ». A notre connaissance, au moins un autre syndicaliste, Lau Hoi-man, du Syndicat des personnels de santé et infirmiers, n’a toujours pas été libéré.

La Commission se félicite qu’en 48 heures les prises de position se soient multipliées dans le mouvement syndical (FO, CGT, FSU, Solidaires) à tous les niveaux : militants et responsables à titre personnel, mais également syndicats dans les entreprises, fédération nationale, unions départementales, syndicats nationaux. Tous les messages qui nous sont parvenus ont bien sûr été transmis à la Confédération syndicale de Hong Kong (HKCTU).

Nous appelons les syndicalistes à poursuivre la campagne pour la libération des syndicalistes encore arrêtés et pour l’abandon des poursuites contre tous les syndicalistes de Hong Kong. Une délégation de syndicalistes parisiens se rendra à l’ambassade de la République populaire de Chine lundi 11 janvier pour faire part de ces exigences.


Campagne en direction de
l’ambassade de Chine en France
Signez en cliquant ici

6 janvier 2021 : vague d’arrestations de militants à Hong Kong

Liberté pour les dirigeants syndicaux de la HKCTU Carol Ng et Winnie Yu !

Communiqué de la Commission Enquête Chine

La Commission Enquête Chine a appris l’arrestation ce matin à Hong Kong d’une cinquantaine de militants partisans de la démocratie, notamment des élus de district, et d’au moins deux responsables syndicaux de la confédération syndicale indépendante HKCTU : la présidente de la Confédération, Carol Ng, et la présidente du Syndicat des personnels hospitaliers, Winnie Yu Wai-ming.

Un conseiller de district a ainsi indiqué qu’il avait été arrêté pour « subversion » en vertu de la loi de sécurité nationale promulguée à la hussarde le 30 juin 2020 parce que, au dire de la police, il « a participé à une élection primaire en 2020 pour élire des députés », ce qui aurait perturbé l’action du gouvernement…

La Commission Enquête Chine, qui depuis longtemps informe des attaques contre le mouvement ouvrier et démocratique en Chine, attire l’attention des syndicats et syndicalistes français sur la gravité des arrestations de responsables syndicaux hongkongais. La HKCTU est une confédération syndicale indépendante du pouvoir ; l’arrestation de sa présidente est un coup porté est contre tout le mouvement syndical indépendant.

La HKCTU a défendu les revendications des enseignants comme des dockers, pris toute sa place dans la défense des droits démocratiques, notamment contre le projet de loi d’extradition et les violences policières en 2019-2020, et accueilli en son sein les nouveaux syndicats qui se sont constitués. Tel est le cas du Syndicat des personnels hospitaliers qui, pour défendre la santé de la population face au Covid, a organisé une grève massive de cinq jours en février 2020 pour exiger des moyens et la fermeture des postes frontières.

Au moment où les licenciements se multiplient dans les compagnies aériennes et l’hôtellerie, où le patronat de Cathay ne veut plus reconnaître les syndicats, le pouvoir cherche à porter un coup fatal au syndicalisme indépendant, prolongeant ainsi la répression anti-ouvrière qui sévit sur le continent.

La Commission Enquête Chine invite les syndicats et syndicalistes à prendre position pour la défense de nos frères et sœurs de Hong Kong et à transmettre l’exigence de libération des syndicalistes de la HKCTU auprès de l’ambassade de la République populaire de Chine.

6 janvier 2021, 12 heures

Lettre d’information n° 525 du 15 janvier 2020


Pauvreté au Jiangsu : Dans cette province de 80 millions d’habitants, les autorités ont annoncé le 7 janvier que seules 17 personnes restent sous le seuil de pauvreté. Vraiment ?


Editorial

L’annonce d’un virus. Vendredi 24 janvier, c’est le jour de l’an, le début de l’année du Rat. À cette occasion, tous les travailleurs ont droit à une semaine de congé et quelque 250 millions de travailleurs migrants doivent rentrer dans leur village d’origine pour retrouver leur famille, c’est souvent la seule fois dans l’année. En tout, plus de 400 millions de voyageurs prévus. Oui, mais voilà qu’est annoncée officiellement à Wuhan l’infection de plusieurs citoyens par un virus inconnu, pouvant occasionner de sévères complications pulmonaires. La Commission nationale de la Santé affichait déjà 45 cas le 16 janvier à Wuhan seulement. Or cette ville de 11 millions d’habitants est une plaque tournante des transports (aériens, ferroviaires, routiers) au centre de la Chine, fréquentée par des dizaines de millions de voyageurs en transit, donc avec un grand risque d’extension de l’épidémie. Car ce 21 janvier, on relève déjà 440 cas officiellement confirmés, alors que le 9 janvier, la Commission municipale de la santé de Wuhan a officiellement annoncé la mort d’un homme de 61 ans.

Le plus inquiétant, c’est qu’un groupe de chercheurs de l’Imperial College de Londres a publié le 17 janvier un rapport faisant état de 1723 cas sur la base d’apparition de symptômes au 12 janvier et n’excluant pas la transmission interhumaine…

Ne pas perturber l’ordre social… Tout cela n’a pas l’air d’inquiéter outre mesure les dirigeants du Parti communiste de Wuhan. Pourtant, le premier cas a été diagnostiqué le 12 décembre, mais il n’a été confirmé officiellement que le 31 décembre par les autorités locales. Surtout ne pas affoler la population, telle est la consigne. Alors, le 1er janvier, la police de Wuhan a arrêté et puni huit personnes – des médecins qui affirmaient que ce nouveau virus ressemblait fort à celui de l’épidémie du SRAS qui avait provoqué la mort de 800 personnes en 2003 –  pour « publication de fausses informations sur internet », ce qui avait « perturbé gravement l’ordre social ». Des journalistes de Hong Kong qui avaient enregistré des reportages dans les hôpitaux de la ville ont été interpellés et sommés de détruire leurs enregistrements.

Ces centaines d’apparatchiks du Parti communiste chinois qui dirigent Wuhan et la province du Hubei veulent faire croire que la situation n’est pas grave. A preuve, ils se sont réunis à Wuhan pour leurs travaux du 7 au 17 janvier, un banquet géant de 40 000 Wuhanais s’est même tenu il y a quelques jours alors qu’on ignore tout du virus – sauf son nom : coronavirus – et de son mode de transmission! 

Alerte générale ! Mais ce 20 janvier changement de ton : la Commission nationale de la santé a déconseillé dans un message à la télévision nationale d’aller à Wuhan et à ses habitants d’en sortir. Et surtout le secrétaire général du Parti communiste Xi Jinping a donné le signal de la mobilisation pour enrayer « résolument » la propagation du nouveau virus et a jugé « nécessaire de diffuser l’information en temps et en heure et de renforcer la coopération internationale », tout en appelant à « maintenir résolument la stabilité de la société et faire en sorte que les masses jouissent d’un Nouvel An stable et paisible »… L’avertissement aux bureaucrates est clair : des têtes vont tomber si on a caché ou minimisé les informations dues au citoyen car il faut, a insisté Xi Jinping, « maintenir résolument la stabilité de la société ».

« Ils sont lents à gérer la crise, mais rapides à faire taire les gens », écrit un internaute chinois, résumant ainsi l’attitude des responsables de la ville de Wuhan face à la situation créée par cette épidémie du coronavirus. L’appel récent du numéro 5 du Parti, Wang Huning, à un « degré élevé de vigilance » à propos des défis politiques et économiques,,, rappelant aux cadres la nécessité de « désamorcer les risques majeurs » qui pourraient saper le Parti n’avait pas envisagé le défi sanitaire… 

Le saut dans l’inconnu. Et ce coronavirus tombe vraiment mal, car l’épidémie, si elle continue de se développer à ce rythme, peut tourner à la catastrophe pour les travailleurs et leurs familles. Il y a moins d’un mois, le 24 décembre, le Premier ministre Li Keqiang avait averti qu’il fallait améliorer la stabilité de l’emploi et éviter les licenciements massifs. La veille, l’Académie des sciences sociales avait remis son « Livre bleu sur la situation sociale en 2020 », faisant état des risques pour l’emploi dans une situation de tensions avec la guerre commerciale et de pressions à la baisse pour l’économie. 

L’activité manufacturière et le secteur des services ne progressent plus aussi vite, bref « l’activité globale de la Chine a continué de se stabiliser », comme l’écrit élégamment un responsable de l’analyse macroéconomique à la revue chinoise « Caixin » (voir l’étude de « China Labour Bulletin » au verso). Et si plus personne ne pourra entrer ni sortir de Wuhan, les échanges commerciaux seraient donc bloqués et l’activité fortement réduite. Et dans ce cas, qu’adviendra-t-il de l’emploi et des salaires de ces travailleurs bloqués ?

Dans nos Documents, nous poursuivons la publication des noms de tous ces défenseurs des droits ouvriers qui ont été harcelés par la police, interpellés, détenus, arrêtés de l’été 2018 à l’été 2019 et dont nous n’avons plus de nouvelles. Une de leurs activités consistait à enquêter sur les conditions de travail, à conseiller les travailleurs sur leurs droits et à les aider à faire valoir les revendications, notamment en mandatant leurs délégués pour des négociations collectives. Par exemple, à obtenir le versement des salaires, dont l’étude de « China Labour Bulletin » sur « L’état des relations de travail en Chine en 2019 » montre que ce fut la principale source des conflits, malgré les promesses répétées du gouvernement de résoudre ce problème.

Il y a trente ans, le 4 janvier 1990, se tenait le premier Banquet de solidarité de la Commission Enquête Chine constituée à cette occasion. Nous n’avons cessé depuis de mener bataille pour la défense des droits ouvriers et des libertés démocratiques en Chine. Nous avons besoin de votre aide : faites connaître cette « Lettre » et aidez la Commission à financer les frais de voyages et de traduction (on peut par exemple verser chaque mois par virement une somme de 10€). Merci !


Ces militants dont on n’a plus de nouvelles… (2)

À partir de juillet 2018, une répression massive a été engagée par les autorités, notamment de la province du Guangdong, pendant plus d’un an contre les militants syndicaux, notamment à propos de la constitution d’un syndicat à eux par des travailleurs de l’usine Jasic. Plus d’une centaine de travailleurs, d’étudiants, de personnels d’ONG et même du syndicat officiel ont été convoqués par la police qui les a parfois relâchés avant de les menacer et de les harceler, d’autres ont été arrêtés pour être détenus ou ont disparu. Voici les noms de ceux qui furent victimes de ces interpellations entre le 9 novembre 2018 et le 20 janvier 2019 (liste de 137 militants établie par des militants chinois à la fin de l’été 2019). 

Membres du groupe de soutien aux travailleurs de Jasic harcelés et/ou interpellés par la police le 9 novembre 2018 : les étudiants diplômés Zhang Shengye, Sun Min, Zong Yang, Zheng Yiran, Lv Daxing, Li Xiaoxian ; les bénévoles du centre social de la jeunesse Qingying (généralement des étudiants diplômés) He Pengchao, Wang Xiangyi, Jian Xiaowei, Kang Yanyan, Hou Changshan, Wang Xiaomei, He Xiumei ; les membres du syndicat officiel ACFTU du district Zou Liping et Li Ao ; les ouvriers Liang Xiaogang, Wang Guixia, Wu Xuwen, Tang Qinhua, Dai Huifang, Li Yuanzhu, et le 11 novembre Zheng Shiyou, Tang Xiangwei, ainsi que l’étudiant Yu Tianfu ; de même que l’étudiant Feng Junjie le 23 novembre.

Membres du groupe de soutien aux travailleurs de Jasic harcelés et/ou interpellés par la police en décembre 2018 : l’étudiant Qiu Zhanxuan, président de la Société marxiste de l’université de Pékin, les ouvriers Cao Jian, Huang Lanfeng, Hu Zhi, Chen Yeling, Yu Kailong, Li Yuanzhu, Mu Yingshan.

Etudiants diplômés et défenseurs des droits ouvriers harcelés et/ou interpellés par la police en janvier 2019 : Zhan Zhenzhen, auteur d’un rapport sur la condition des travailleurs du campus de l’université de Pékin, les ouvriers Zhang Zeying et Lan Zhiwei, les étudiants Liang Ran, Ma Tiequn, Han Peng, Huang Siyu, Jin Shuai, Hu Wei, Zhu Xuejing, Cui Zhiyang, l’éditeur du site  d’information sur les grèves et les droits ouvriers iLabour Yang Zhengjun, l’étudiant Wang Mengjie, le vigile Wang Ji’ao. 

Les défenseurs des droits ouvriers arrêtés et détenus : Zhang Zhiru, Jian Hui, Song Jiahui, tous du Centre des conflits du travail Chunfeng à Shenzhen ; He Yuancheng, du cabinet d’avocats Laowei ; le syndicaliste Wu Guijun.


L’état des relations de travail en Chine en 2019

Première partie d’un rapport de China Labour Bulletin (extraits) 

À la fin de 2019, il y a eu un grand tollé en Chine à propos des informations selon lesquelles Li Hongyuan, un ancien employé de Huawei, géant chinois de la technologie, avait été détenu pendant huit mois par les autorités de Shenzhen, apparemment à la demande de Huawei, après avoir demandé à son ancien employeur une indemnité de départ et une prime annuelle. Pour de nombreux salariés de la classe moyenne en Chine, l’affaire a confirmé un sentiment croissant de malaise et la prise de conscience que, aux yeux de leur employeur, ils n’étaient rien de plus qu’une ressource à exploiter qu’on pouvait jeter. Ce qui était arrivé à Li Hongyuan, leur semblait-t-il, pourrait tout aussi facilement leur arriver.

Des dizaines de milliers de professionnels bien rémunérés de l’industrie des technologies ont perdu leur emploi en 2019 en raison de la concurrence pour la domination du marché combinée au ralentissement de l’économie, ce qui a conduit à la faillite de centaines de start-ups technologiques, y compris plusieurs prétendues « licornes » [Ndlr : start-ups évaluées à plus de 1 milliard de yuans]. Beaucoup de salariés, tels ceux de l’américain Oracle à Pékin, ont dû entreprendre de longues actions collectives pour toucher des indemnités de départ avant d’être licenciés.

Les employés qui avaient encore un emploi se sont rebellés contre des durées du travail excessivement longues (les « 996 » : 9h-21h, 6 jours sur 7) exigées par leur employeur et ont ouvertement rejeté cette « culture du loup » développée par Huawei, qui met l’accent sur la loyauté et le dévouement à l’entreprise avant tout. (…) Le mécontentement des jeunes travailleurs face à l’état actuel des relations de travail s’est intensifié en avril avec la révélation que le principal fonds de retraite financé par l’Etat serait complètement à sec en 2035, juste au moment où ceux nés dans les années 1980 espéraient prendre leur retraite. Il se pourrait que 2019 marque un changement fondamental dans les valeurs des cols blancs en Chine. De nombreux jeunes travailleurs ne sont plus disposés à travailler de longues heures ni à accepter les difficultés que leurs parents ont endurées afin de rêver d’une vie meilleure; au lieu de cela, ils se concentrent sur une paie décente pour un travail décent et un équilibre sain entre vie professionnelle et vie privée.

Mais pour la plupart des « cols bleus », il y avait un préoccupation plus fondamentale : être payé. Sur les 1386 manifestations collectives de travailleurs recensées par China Labour Bulletin en 2019, 1159 concernaient le non-versement d’arriérés de salaires. Et c’est encore le secteur de la construction qui représentait 43% de toutes les manifestations, où les problèmes étaient le plus graves. Malgré les promesses répétées du gouvernement de résoudre ce problème, 99% de toutes les protestations enregistrées l’année dernière étaient liés au non-paiement des salaires. (…)

L’une des tendances les plus notables a été la croissance des protestations collectives dans le secteur des services, en plein essor, et le déclin relatif de celles des travailleurs d’usine. (…) Cette augmentation a été particulièrement forte l’année dernière, passant de 16% à 23% de toutes les manifestations, avec les employés de magasin, les vendeurs, les personnels de restauration et d’hôtellerie, balayeurs, personnels hospitaliers et employés de l’industrie des loisirs. Cette tendance a été illustrée par le grand nombre de protestations collectives des employés dans les centaines de gymnases et centres de fitness qui ont fermé en Chine l’année dernière.

(A suivre)


En bref…

– A Hong Kong, l’heure est au tribunaux. A la date du 2 janvier, environ 7 000 personnes avaient été arrêtées et 1051 étaient poursuivies. Mais on manque de personnel ! Il y a un problème d’effectifs chez les juges et les magistrats : seulement 156 des 218 postes ont été pourvus en mars 2019 (« SCMP », 14 janvier). Qu’importe, « l’administration fournira les ressources supplémentaires », a déclaré Lam, la cheffe du gouvernement. « Augmenter les heures d’audience sans augmenter les effectifs ne résoudra pas le problème, car vous ne pouvez pas espérer qu’un juge travaille sans interruption pendant 18 à 20 heures par jour», rétorque un magistrat. Notons en passant que l’hebdomadaire chinois diffusé en Asie « Yazhou Zhoukan » a choisi comme « Personnalités de l’année 2019 »… la police de Hong Kong !

– La jeune Huang Xueqi, militante des droits des femmes, qui avait été arrêtée et détenue à Guangzhou en octobre dernier sous le motif passe-partout  de « semer la discorde et provoquer des troubles », a été libérée le 10 janvier. En fait, elle avait témoigné des manifestations de Hong Kong en se rendant sur place.« Elle est en bonne santé et a bon moral. Ses activités sont désormais limitées et elle est sous haute surveillance. Et la police a gardé son passeport, son ordinateur et son téléphone portable », a déclaré un ami. Elle-même a envoyé un message à ses amis : « Une seconde dans les ténèbres ne vous rend pas aveugle »

– Présidente réélue à Taiwan : « Plombée par des controverses de politique intérieure qui dressèrent l’opinion contre elle, y compris dans son propre parti, avec des polémiques autour du mariage gay, de la réforme des retraites, de la pollution, des lois travail, encore aggravées par une affaire de contrebande de tabac impliquant ses gardes du corps, la direction de China Airlines et des membres de la sécurité nationale, les intentions de vote en sa faveur sont restées à ce faible niveau de plus ou moins 35% jusqu’à la fin mai », écrit « Question Chine » (13 janvier) à propos de la présidente sortante Tsai Ing-wen, finalement réélue en relation directe avec les manifestations et la répression à… Hong Kong : elle n’a remonté dans les sondages qu’à partir de l’obstination de Carrie Lam sur la loi d’extradition, martelant que « le peuple de Hong Kong a montré que “un pays, deux systèmes” n’est pas du tout tenable ».

Lettre d’information n°524 du 1er Janvier 2020


Explosion dans une fabrique de feux d’artifice : ensemble, bureaucrates locaux et cadres de l’usine annoncent 1 mort. Ils ont caché les cadavres de 12 autres victimes !


Editorial

Chen Weixiang libéré ! China Labour Bulletin indique le 3 janvier à propos du militant dont avons signalé l’arrestation dans notre précédente « Lettre » : « Le militant ouvrier Chen Weixiang et ses deux collègues ont été libérés après 15 jours passés en détention administrative. Ils avaient été emmenés par la police dans la ville méridionale de Guangzhou le 17 décembre de l’année dernière. Après sa libération, Chen a remercié ses partisans et a exhorté tout le monde à ne pas oublier les nombreux militants syndicaux et autres qui sont toujours en détention ». Trois jours avant son arrestation, Chen avait publié un article sur le blog qu’il avait consacré aux balayeurs et autres agents du nettoyage urbain de Guangzhou, article où il informait que la ville devait 1,8 million de yuans à 130 de ces agents dans le quartier de l’université (à peu près 7 mois de salaire à chacun !).

Sans doute cette arrestation se voulait-elle un avertissement clair des autorités pour tenter de mettre un coup d’arrêt aux revendications et manifestations ou grèves de ces ouvriers du bas de l’échelle qui nettoient les rues de la ville, souvent migrants et âgés, qui se sont battus et ont gagné des augmentations de salaires et des régularisation de contrats de travail, alors que le coût de la vie ne cesse d’augmenter.

Défendre les intérêts des travailleurs les plus défavorisés. Chen Weixiang était étudiant en médecine à l’Université Sun Yat-sen de Guangzhou quand il s’est mis à interroger les ouvriers qui s’occupaient de la propreté et de la salubrité du campus. Il a commencé à rapporter ces interviews   qui illustraient leurs mauvaises conditions de travail et leur maigre rémunération. Puis il a ouvert un blog à propos de leur condition et même abandonné ses études médicales pour s’engager à plein temps dans le militantisme en 2014. Avec succès puisqu’il a aidé ces travailleurs à arracher récemment un salaire mensuel de 2500 yuans, bien au-delà du salaire minimum de la ville, selon Yu Wucang, un de ces agents de la propreté qui a fait campagne aux côtés de Chen.

Ces derniers mois, en voyant des défenseurs des droits ouvriers disparaître un par un, Yu Wucang avait mis en garde Chen Weixiang, qui lui avait avoué que la police le convoquait souvent pour des entretiens… Mais Chen avait quand même publié sur son site les revendications des 130 balayeurs sur leurs arriérés de salaire. Trois jours plus tard, il était interpellé à son domicile et embarqué dans un van par une dizaine de policiers, selon un témoin. « Dans le sud de la Chine, ils enferment tout le monde », dit son ami Yu, selon un reportage du quotidien américain « The Washington Post » (24 décembre 2019).

Pourquoi ces arrestations de militants ouvriers ? Cité dans cet article, Li Qiang, fondateur de China Labor Watch, estime que le gouvernement juge « les conflits du travail comme un four où tout peut s’embraser à tout moment ». Et ce qui autrefois était toléré par les autorités est désormais interdit : « Ce que faisait Chen était considéré comme normal en Chine, même dans les premières années de l’administration Xi Jinping », a déclaré Elaine Hui, une universitaire. Mais aujourd’hui cette latitude n’est plus de mise ! 

Le pays est confronté à des vents contraires au plan économique – le ralentissement voire la récession de certains pays importateurs de produits chinois, la guerre commerciale entreprise par Washington, l’essoufflement de la relance par la consommation sans parler des masses de capitaux enflant sans cesse – et au plan politique à une incertitude permanente des hauts cadres menacés du couperet de la lutte anti-corruption. Cela fait beaucoup !

Et si les villes et provinces devaient choisir de geler les salaires encore davantage afin de maintenir leur compétitivité économique face à l’incertitude, si elles devaient voir s’accroître les fermetures d’entreprises, nul ne sait si le four ne s’embraserait pas ! Voilà pourquoi les cercles dirigeants du Parti communiste chinois (PCC) appellent à un « degré élevé de vigilance » à propos des défis politiques et économiques, Wang Huning, numéro 5 du PCC, rappelant aux cadres la nécessité de « désamorcer les risques majeurs » qui pourraient saper le Parti.

Et que, dans ces circonstances, des dizaines d’étudiants de Fudan, une prestigieuse université de Shanghai, manifestent debout à la cantine le 17 décembre en chantant leur hymne en faveur de la « pensée libre » et de la « gestion démocratique » contre les nouveaux statuts imposés par le régime n’est pas fait pour rassurer les bureaucrates oppresseurs… 

1 million de manifestants à Hong Kong le 1er janvier. Carrie Lam, la cheffe du gouvernement se refuse toujours à céder sur les « cinq revendications, pas une de moins », mais des craquements surviennent. Ainsi, Regina Ip, membre du gouvernement, a révélé le 29 décembre que des membres du gouvernement avaient envisagé de « démissionner en masse si ça pouvait sauver la situation » mais que Carrie Lam avait refusé indiquant que « si quelqu’un devait être tenu pour responsable, les membres du conseil exécutif ne seraient pas les premiers ».  Qui alors ? Elle ou le représentant direct de Pékin dans les affaires hongkongaises ?

Cette mobilisation populaire inédite a accouché d’un phénomène relevé dans deux articles du « South China Morning Post » : au moins 24 syndicats ont vu le jour à Hong Kong cette année, selon des chiffres officiels (voir au verso). Un responsable de la confédération HKCTU, seul syndicat chinois indépendant, l’affirme : « Le tsunami politique a tout changé. Beaucoup de gens se sont lancés dans la constitution de syndicats ».

Avec ce tsunami, la Fédération des syndicats « officiels » HKFTU à Hong Kong, imbriquée dans l’appareil institutionnel, avec son engagement aux côtés du pouvoir, par exemple en organisant cet été des meetings de solidarité avec… la police ! en a récolté les fruits : les candidats de la HKFTU qui se sont présentés aux suffrages des citoyens lors des récentes élections de conseils de district ont été battus à plate couture : 62 candidats et seulement 5 sièges sur 452 !

Dans notre prochaine « Lettre », nous continuerons la publication des noms de ces militants ouvriers dont on est toujours sans nouvelles. Aidez cette « Lettre « en la faisant connaître et soutenez-la car les tarifs postaux de presse augmentent au 1er janvier 2020 !


Essor du syndicalisme à Hong Kong 

Au moins 24 syndicats se sont constitués cette année

« South China Morning Post », 26 décembre 2019 (extraits)

« Le mois dernier, Tsui est devenu le premier président du Syndicat des employés de l’hôtellerie de Hong Kong qu’il a fondé avec des dizaines de collègues du secteur. (…) Le syndicat de Tsui est l’un des nombreux syndicats que les Hongkongais ont mis sur pied alors que les manifestations sont dans leur septième mois, beaucoup espérant augmenter la pression sur le gouvernement en organisant des grèves à grande échelle. (…)

A ce jour, au moins 24 syndicats ont été constitués cette année – près du double des 13 créés en 2018, selon les chiffres du Département du travail. On relève notamment le Syndicat des employés et cadres de l’électricité de Hong Kong, le Syndicat de la construction, le Syndicat général des employés d’ingénierie, le Syndicat des travailleurs des technologies de l’information et l’Alliance des employés de l’administration des hôpitaux.

Des dizaines d’autres syndicats d’un large éventail d’industries, y compris l’optométrie, les soins dentaires, les barmen et même les esthéticiennes, sont en passe de voir le jour. Tsui a déclaré que ces nouveaux groupes avaient travaillé en étroite collaboration les uns avec les autres et espéraient changer la perception des Hongkongais à l’égard des syndicats.

« Nous voulons introduire une nouvelle culture selon laquelle les syndicats ne se limitent pas aux droits du travail – ils pourraient également renforcer la voix des travailleurs face aux autorités », a déclaré Tsui. (…)

« Le tsunami politique a tout changé »

Stanley Tsang, vice-président du Syndicat des employés de l’hôtellerie, a déclaré que même si les habitants de la ville étaient devenus plus actifs dans les manifestations au cours des derniers mois, il était peu probable qu’une grève puissante se produise à court terme. Davantage de préparation est nécessaire, a déclaré ce travailleur des ventes et du marketing, âgé de 31 ans, ajoutant que son syndicat avait recruté quelque 130 membres en un mois dans un secteur estimé à 40 000 travailleurs et qui a déjà un syndicat affilié à la Fédération des syndicats [NdT : la HKFTU, syndicat lié au pouvoir].

(…) Le syndicaliste vétéran Mung Siu-tat, de la Confédération des syndicats pro-démocratie de Hong Kong [NdT : la HKCTU], a déclaré que le groupe avait offert de l’aide et des conseils à des travailleurs de près de 50 professions et a qualifié le phénomène d‘« éveil politique dans toute la ville ». Il déclare que l’appel de sa confédération à la création de syndicats n’avait jamais été très populaire à Hong Kong, car beaucoup de gens pensaient que de telles organisations étaient réservées aux cols bleus pour gérer les conflits avec les employeurs. « Mais le tsunami politique a tout changé, a déclaré Mung. Beaucoup de gens qui se sont lancés dans la constitution de syndicats sont en fait des salariés qualifiés.» 

« South China Morning Post », 12 décembre 2019 (extraits)

« Manifestations à Hong Kong : 1800 personnes, des syndicalistes et des militants du secteur de la santé, se sont rassemblées à Edinburgh Place, pour encourager les Hongkongais à créer de nouveaux syndicats pour faire pression sur le gouvernement, déjà écrasé par les protestations déclenchées il y a six mois par le projet de loi d’extradition maintenant retiré. Un porte-parole des organisateurs du rassemblement, infirmier dans un hôpital public, Law Cheuk-yiu, a déclaré: « Si nous nous unissons, nous deviendrons plus forts. Avec cette force, nos actions auront un impact et notre voix sera entendue. Et nous pourrons résister plus fermement à la répression du gouvernement. (…) Nous espérons pouvoir créer des syndicats dans les différentes disciplines du secteur, afin de pouvoir planifier nos actions futures, y compris d’éventuelles grèves.»

« Un canal pour lutter pour leurs droits et avantages »

(…) Carol Ng Man-yee, syndicaliste chevronnée et présidente de la Confédération des syndicats pro-démocratie [NdT : la HKCTU], a déclaré : «Plus nous créerons de syndicats, mieux les métiers seront couverts et représentés. En outre, notre résistance peut être plus viable », a-t-elle déclaré. L’un des nouveaux syndicats formés mercredi était issu du secteur des industries de la pharmacie et des appareils médicaux. L’un des organisateurs, Tsang, 27 ans, a déclaré que les troubles qui s’étalaient sur plusieurs mois l’avaient incité à s’inscrire auprès d’un syndicat. « Il y avait eu des appels à la grève générale depuis juin. Mais beaucoup craignaient des représailles et d’en subir des conséquences. Par conséquent, nous espérons en formant ce syndicat que ceux de notre secteur trouveront un canal pour exprimer leur opinion et lutter pour leurs droits et avantages», dit-il. Une infirmière d’un hôpital public avec plus de vingt ans d’ancienneté a déclaré que le syndicat actuel des infirmières avait joué un rôle relativement passif ou fut « quasiment absent » au cours des six derniers mois de manifestations pour lutter pour les droits des patients et du personnel, ce qui l’a incitée à rejoindre activement les syndicats nouvellement formés pour faire entendre d’autres points de vue.


Harcèlements, interpellations et arrestations incessants

A Hong Kong, au moins 80 enseignants ont été arrêtés lors des manifestations anti-gouvernementales, comme l’a révélé le ministre de l’Education, qui a exhorté les établissements à suspendre les enseignants arrêtés pour des délits graves. 123 plaintes contre des enseignants ont été déposées liées aux protestations entre la mi-juin et la fin novembre, selon la presse hongkongaise. Le vice-président du Syndicat des enseignants professionnels de la HKCTU a condamné ces plaintes : « C’est totalement inacceptable. Le ministre devrait indiquer clairement quels mots ou discours constitueraient un discours de haine, par exemple qualifier les manifestants de “cafards” ? »

Sur le continent, Chinese Human Rights Defenders informe que la police a interpellé ou arrêté une dizaine de militants et d’avocats (sept ont été relâchés) dans six provinces différentes à la suite d’un dîner commun lors d’une soirée privée le 13 décembre. Parmi eux : Ding Jiaxi, 52 ans, avocat radié, ancien prisonnier d’opinion et résident de Pékin, a été arrêté le 26 décembre à Pékin par la police de Shangdong. La police a fouillé son domicile, a emporté son ordinateur, son téléphone et d’autres effets personnels, sans présenter de mandat d’arrêt. Zhang Zhongshun, 52 ans, ancien prisonnier d’opinion, professeur d’université et résident de Yantai, Shandong, a été arrêté le 26 décembre par la police du Shandong, soupçonné de «subversion du pouvoir de l’État». Il aurait été placé en «résidence surveillée dans un endroit [inconnu] désigné par la police» quelque part à Yantai.

Dai Zhenya, 46 ans, activiste et résident du Fujian, a été arrêté le 26 décembre à Xiamen par la police du Shandong, soupçonné « d’incitation à la subversion du pouvoir de l’Etat ». Il aurait été placé en «résidence surveillée dans un endroit [inconnu] désigné par la police». Li Yingjun, 35 ans, militante, ouvrière d’usine et résidente de Zhangzhou, Fujian, a été arrêtée le 26 décembre au Fujian par la police du Shandong. Huang Zhiqiang, 47 ans, avocat, a été arrêté le 29 décembre à Jinhua, dans le Zhejiang, et est actuellement détenu au criminel, soupçonné de provoquer « des dissensions et des troubles ». Il est au centre de détention de Jinhua. Au Sichuan, la police a arrêté le militant Wei Xiaobing le 30 décembre. Homme d’affaires, il a récemment été brièvement détenu en raison de la distribution de T-shirts imprimés avec des mots exprimant son soutien aux manifestations de Hong Kong.

Plusieurs personnes ont été arrêtées pour interrogatoire puis relâchées. Ainsi de Liu Shuqing, avocat, professeur d’université, à Jinan pour interrogatoire le 31 décembre, soupçonné de «subversion du pouvoir de l’État». Le 1er janvier, M. Liu a été autorisé à rentrer chez lui. La police a emmené cinq personnes au poste de police de Jinhua pour les interroger à Hangzhou le 29 décembre: Zhu Yufu, Xin Zhongcheng, Wu Zexi, Mao Lijun et Tang Xiaoyun. Après avoir été interrogés pendant une journée, ils ont été autorisés à rentrer chez eux.

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