Li Chunsheng est en prison. Bien sûr, il ne sera pas jugé pour avoir persécuté et fait jeter en prison les militants qui défendaient les droits ouvriers alors qu’il était chef de la police du Guangdong entre 2013 et 2021. Il a été arrêté pour corruption…
Éditorial
« Ils ont tous les pouvoirs et pourtant… » Si le confinement a pu, au départ, apparaître comme une mesure de protection de la population, les méthodes de cette bureaucratie arrogante et répressive ont rapidement cadenassé le pays, avec traçage, contrôle intrusif et illégal, violences et arrestations. Tout cela entravait le fonctionnement normal de l’économie, accroissait les difficultés à trouver un emploi et devenait de plus en plus insupportable pour la population. Les manifestations de fin novembre l’ont exprimé.
Mais le brusque abandon de la politique « zéro Covid » a semé une telle désorganisation que l’épidémie a explosé, entraînant un engorgement des hôpitaux et une multiplication des décès. Le 14 janvier, les autorités communiquaient le chiffre officiel de 60 000 décès à l’hôpital depuis la fin du « zéro Covid », ce qui exclut les chiffres de décès au domicile selon les nouvelles normes. 90 % avaient plus de 65 ans, la moyenne se situant à 80 ans. « On peut dire qu’ils ont tous les pouvoirs du monde, et pourtant ils n’ont pas bien fait les choses », dit cet étudiant qui a perdu son grand-père de 78 ans.
Manifestations d’ouvriers licenciés. « Nous voulions que les choses s’ouvrent, mais pas comme ça, au détriment de tant de personnes âgées, ce qui a un impact énorme pour chaque famille », dit l’un, « Je ne dis pas que la réouverture n’est pas une bonne chose, mais ils auraient dû accorder plus de temps pour les travaux préparatoires », dit un autre (agence Reuters, 18 janvier). Mais les dirigeants qui savent tout, qui décident de tout, n’ont rien prévu. Dans la précédente « Lettre » était posée cette question : « Alors, que vont devenir les millions de travailleurs médicaux, techniciens de laboratoire, personnels temporaires et vigiles qui faisaient partie du système de tests de masse ? ». La réponse n’a pas tardé : « Vous êtes virés ! » Aussitôt ont éclaté des manifestations ouvrières dans de nombreuses villes.
Les 5 et 6 janvier, par exemple, des manifestations ont eu lieu dans et autour des usines Hangzhou Aike et Xinyue Biotech, qui produisaient des tests antigéniques à Hangzhou. Les besoins étaient urgents et l’usine avait annoncé qu’elle embauchait avec des salaires élevés. Des centaines de travailleurs se sont déplacés des villes et villages des environs. Mais avec la baisse des commandes, la direction de l’usine a réduit les salaires et les heures de travail. Voilà pourquoi ils se sont révoltés massivement.
Le 9 janvier, dans la gigantesque ville de Chongqing, des milliers d’ouvriers d’une usine de produits de biotechnologie se sont affrontés à la police aux cris de « Nous voulons notre argent ! » (voir au verso).
Du travail pour tous ces travailleurs qui se sont épuisés nuit et jour pendant des mois et des années et qui, du jour au lendemain, se sont retrouvés licenciés sans indemnités ou pas payés du tout ? Du travail pour tous ces millions de testeurs, de laborantins, d’ouvriers des usines qui fabriquaient tout le matériel, les milliards de tests PCR, les millions de fameuses combinaisons blanches des testeurs et des forces de l’ordre, les masques, les gants de protection… ?
À l’agence officielle Xinhua, le ministre chargé de l’emploi dit (10 janvier) : on a dépassé les 12 millions d’emplois créés dans les régions urbaines l’année dernière. Question : combien de ces emplois ont disparu depuis dans la tourmente de l’abandon du « zéro-Covid » ? Liu He, bras droit de Xi Jinping pour l’économie, a voulu rassurer les patrons et gouvernements au Forum de Davos : l’économie reviendra à la normale en 2023 ! Mais le travailleur n’est pas plus rassuré que ça ! L’économie chinoise n’a progressé que de 3 % en 2022 au lieu des 5,5 % prévus, selon des chiffres officiels.
« Il est impossible de prédire ce qui se passera en 2023 (…), mais cette année d’action et de résistance unie a donné du pouvoir à d’innombrables travailleurs et personnes ordinaires alors que nous essayons de retrouver du mouvement et la libération de ce système oppressif », écrit un militant. Un autre recensait les « incidents » dans sa ville : « Aujourd’hui, il y a environ 3 000 manifestants, dont 270 soldats à la retraite, 400 étudiants, les autres étant des travailleurs ordinaires parmi les pires exploités ». Les récentes manifestations ont fustigé la répression des libertés et mis en cause le pouvoir et son incurie, certains ouvrant la voie à de nouvelles discussions : « Les travailleurs n’ont jamais eu leur mot à dire dans la production » (voir au verso).
Le pouvoir ne renonce pas et, sur les réseaux sociaux, on lit que la police aurait transmis au procureur de Pékin plus de vingt dossiers de manifestants arrêtés fin novembre lors des grandes manifestations anti-Covid, neuf manifestants restant en détention, les autres bénéficiant d’une libération sous caution. Et les procès à Hong Kong de militants au nom de la loi sur la sécurité nationale devraient commencer début février…
Hong Kong. Le gouvernement issu de la répression et dirigé par l’ex-chef de la police vient d’augmenter le salaire minimum : juste une pincée parce qu’« il ne faut pas perdre trop d’emplois sous-payés » pour rester compétitifs (voir au verso) ! L’établissement d’un salaire minimum en 2011 à Hong Kong fut l’un des grands combats de la confédération syndicale HKCTU, que le pouvoir a contrainte à la dissolution.
« Plus de 300 000 travailleurs du bas de l’échelle ont reçu alors des augmentations de salaire », écrit le Hong Kong Labor Rights Monitor, une association de militants de la HKCTU en exil qui poursuit le travail d’information et de défense des droits ouvriers.
C’est un de ces militants, le directeur de Hong Kong Labor Rights Monitor, Christopher Mung, que la Commission Enquête Chine vous invite à accueillir pour son 24e Banquet qui se tiendra le vendredi 10 mars à 19 heures à Paris.
Venez nombreux accueillir et soutenir ce militant !
Inscription à comenchine@wanadoo.fr (participation aux frais : 20 euros, étudiants : 10 euros, chèques à l’ordre de Commission Enquête Chine, 25, rue Ledion, 75014 Paris).
« Les travailleurs n’ont jamais eu leur mot à dire dans la production »
Nous publions ici la seconde partie d’une contribution de militants chinois
tirant les leçons des événements de l’année passée (intertitres de la « Lettre »).
Après la réforme et l’ouverture, avec le mouvement de la campagne vers les villes, les travailleurs migrants ont été embauchés dans les nombreux petits ateliers et usines où règnent l’exploitation et l’oppression. Lorsque les villes avaient besoin de main-d’œuvre, on faisait appel à eux au nom d’une « pénurie de main-d’œuvre ». Mais quand on les décrétait « non essentiels », ils devenaient une « nuisance » pour la ville.
Contrairement aux travailleurs des villages autour de Guangzhou, les travailleurs à l’isolement dans l’usine Foxconn à Zhengzhou étaient enfermés, mais pas chez eux, dans l’usine ! L’industrie électronique est l’un des rares secteurs en plein essor qui voit encore affluer les capitaux face à l’épidémie. Pour répondre aux exigences d’Apple, Foxconn a mis en place une « production en circuit fermé », à la requête du gouvernement municipal de Zhengzhou. L’État veille donc à assurer l’accumulation du capital sans interruption en réglementant la circulation des travailleurs.
L’État guidé par les intérêts du capital
L’ironie de la chose, c’est que les travailleurs des villages autour de Guangzhou ne peuvent pas travailler dans des usines proches de leur domicile et que les travailleurs de Foxconn soumis à la production en circuit fermé ne sont pas libres de retourner dans les logements qu’ils louent pour se reposer. Foxconn peut recruter de la main-d’œuvre dans tout le pays en cas d’urgence car les gouvernements locaux fixent même des objectifs afin de s’assurer du recrutement effectif.
Plutôt que de fixer les déplacements des gens en fonction du risque de propagation de l’épidémie, l’État choisit et encourage les déplacements en fonction des besoins de la production, guidé par les intérêts du capital.
Foxconn ou la mise en pièces du tableau d’un pouvoir apparemment écrasant
En décembre 2022, la politique stricte du « zéro-Covid » s’achève par un atterrissage brutal, sans amortisseurs, d’un extrême à l’autre, et le nouveau variant Omicron s’est rapidement répandu dans le pays, frappant de plein fouet beaucoup de travailleurs en première ligne.
Les travailleurs n’ont jamais eu leur mot à dire dans la production. Ainsi, « zéro-Covid » ou pas, la liberté de déplacement et la liberté des travailleurs se réduisent toujours à la « liberté de mouvement pour vendre leur force de travail sur le marché et être exploités ».
Les affrontements féroces avec les forces de l’ordre et le retour des travailleurs de Foxconn dans leur ville, malgré les nombreux obstacles rencontrés, ont mis en pièces l’image du pouvoir apparemment écrasant du capital et de l’État. Le mouvement des travailleurs à ce moment-là fut assez puissant pour arrêter la production des capitalistes. Ces forces ne sont pas arrivées de nulle part, elles sont liées à la résistance quotidienne des travailleurs et à l’expérience de la lutte contre les usines de surexploitation partout.
La question fondamentale est de savoir qui contrôle la mobilité et qui dirige la politique en matière d’épidémies.
Escroqués, des milliers d’ouvriers en colère dans la rue !
Ça s’est passé dans un quartier de la mégapole de Chongqing, le samedi 9 janvier. L’agence Reuters a indiqué que les vidéos avaient été filmées dans l’usine Zybio, un fabricant de kits de test Covid. La veille, la direction de l’entreprise avait fait savoir que la production de tests Covid allait s’arrêter. Les travailleurs se sont rassemblés sur une place, craignant d’être licenciés sans paie ni indemnités. Quand ils ont demandé si et quand ils allaient être payés et indemnisés, la direction a répondu que ce serait dans quelques jours et seulement pour les travailleurs sous contrat, ce qui signifiait que des milliers de travailleurs temporaires ne verraient jamais la couleur de leur paie.
Presque tous étaient des jeunes gens embauchés en masse par des agences de recrutement pour répondre à la demande urgente de production de tests, qui était de règle jusque début décembre, avant le changement radical de politique sanitaire. On leur avait promis un salaire mensuel de 6 000 yuans (environ trois fois le salaire minimum de la ville) et une prime de 3 000 yuans au bout de trois mois de service.
Des ouvriers ont alors saccagé avec rage des machines et des équipements de l’usine, des directeurs ont été pris à partie. La police anti-émeute est intervenue et des affrontements ont eu lieu, les ouvriers repoussant les forces de répression, puis les bombardant de caisses, de pierres, de tout ce qui leur tombait sous la main sur le chemin tandis qu’elles refluaient. Les manifestants criaient « On veut notre argent ! » tandis qu’un haut-parleur de la police martelait « Dispersez-vous ! ce rassemblement est illégal ».
Un témoin de la scène dit : « L’usine a annoncé qu’elle licenciait tous les employés, y compris le personnel nouvellement recruté. Cela signifie qu’ils n’auront pas leur prime de fin d’année, et le Nouvel An lunaire approche ». Un autre : « Ils doivent honorer leurs contrats, et non pas licencier les gens sans préavis. C’est déjà assez difficile pour les gens dans les zones rurales de trouver du travail, et beaucoup ne gagnent pas d’argent du tout ».
Les affrontements se sont poursuivis jusque tard dans la soirée, des témoignages vidéos sur les réseaux sociaux montrant que les manifestants, après avoir repoussé les forces de l’ordre, se sont assis sur la chaussée, en cercle autour de multiples feux…
(sources diverses)
À Hong Kong, pouvoir d’achat en baisse
après l’augmentation du salaire minimum !
S’il est approuvé par le « Parlement » aux ordres, le salaire minimum passera à 40 dollars hongkongais (4,75 euros) le 1er mai après avoir été gelé à 37,50 HK$ pendant quatre ans. Mais une ONG, la SoCO, a calculé que, même avec l’augmentation, ce nouveau salaire minimum offrira un pouvoir d’achat moindre qu’il y a douze ans ! Et cela devrait durer deux ans avant réexamen !
L’ajustement « montre que les autorités ne sont pas déterminées à améliorer les droits des travailleurs », car cette augmentation proposée ne rattrape pas l’inflation, explique l’ONG. En effet, elle a démontré que cela offrait un pouvoir d’achat équivalant à 27,4 HK$ en 2010, alors que ce salaire était de 28 HK$ en 2011 lorsqu’il a été introduit la première fois. L’indice des prix à la consommation pour les familles à faibles revenus a en effet grimpé de 46 % entre 2010 et août 2022 !
Évidemment, le chef de l’exécutif (et ancien chef de la police) John Lee ont donné leur accord à cette recommandation de la Commission sur le salaire minimum, car il faut un équilibre entre « prévention des salaires excessivement bas et minimisation de la perte d’emplois faiblement rémunérés » pour assurer « le maintien de la croissance économique et de la compétitivité de Hong Kong ». Oui, vous avez bien lu : il ne faut pas perdre trop d’emplois sous-payés !
En octobre dernier, le syndicat HKFLU avait exhorté le gouvernement à augmenter le salaire à 46 HK$, affirmant que 40 HK$ serait insuffisant pour protéger les moyens de subsistance des bas salaires, dans la ville la plus chère au monde à vivre.
En outre, l’ONG a déclaré que l’augmentation proposée ne bénéficiera qu’à environ 73 300 travailleurs qui gagnent actuellement moins de 40 HK$ de l’heure, c’est-à-dire 2,4 % de la main-d’œuvre totale de Hong Kong en 2021, à l’exclusion des travailleurs domestiques étrangers. Ajoutons que quelque 150 000 travailleurs gagnent quelque 40 HK$ et ne seront pas augmentés…
L’ONG a exhorté le gouvernement à porter le taux de salaire minimum à au moins 50 HK$, à le réviser une fois par an et à créer un mécanisme de calcul objectif et scientifique pour les révisions futures.
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