De grandes banderoles avec des slogans en rouge accrochées aux grilles d’une passerelle piétonne le 15 avril : « Sans réforme du système politique, il n’y aura pas de renouveau national », « Le peuple n’a pas besoin d’un parti politique au pouvoir sans limites », « La Chine n’a besoin de personne pour lui montrer la voie ; la direction, c’est la démocratie. »
Éditorial
245 % !
La Maison-Blanche a affirmé que les importations en provenance de Chine sont désormais soumises à des droits de douane de 245 % ! Il s’agit en fait de l’agrégat des taxes en cours depuis 2016 lors du premier mandat de Trump augmentées des 145 % récemment appliqués… sauf pour les téléphones portables et les ordinateurs américains assemblés en Chine. La communicante de la Maison-Blanche K. Leavitt prétend (17 avril) que « les Chinois ont besoin d’un accord avec nous, nous, nous n’en avons pas besoin ». Pas si sûr…
« Les importations américaines de marchandises chinoises sont de 600 milliards de dollars [environ 535 milliards d’euros] par an, dont 95 % par voie de mer : en trois semaines, on a une baisse de 60 % ; or ces biens se vendent au détail 2 000 milliards, explique le P-DG de la multinationale américaine de logistique Flexport (Twitter, 23 avril), alors si ces droits de douane se prolongent à ce niveau, on aura la fermeture de dizaines de milliers d’entreprises américaines et le licenciement de millions d’employés. » Un désastre en perspective pour les travailleurs américains, et d’abord les moins organisés et les plus pauvres…
Des bruits courent cependant sur une possible marche arrière de Trump, notamment à la suite d’un « lobbying intense des dirigeants de l’industrie automobile » (« Financial Times », 23 avril) et d’une mise en garde des entreprises américaines à Wall Street sur les conséquences de cette guerre commerciale. Walmart a même demandé à ses fournisseurs chinois de reprendre d’ores et déjà leurs livraisons…
Et pour les travailleurs chinois ? « L’année dernière, les exportations de la Chine ont représenté 18,8 % du PIB du pays. On estime
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Manifestations du 1er-Mai
À Taïwan, les travailleurs ont manifesté pour commémorer la Journée internationale des travailleurs. Comme chaque année, des milliers de syndicalistes venus de tout Taïwan se sont rassemblés à Taipei, la capitale, puis ont défilé en passant devant la gare et les bâtiments des institutions.
Cette année, les syndicats ont formulé des revendications, dont certaines sont récurrentes, par exemple, le rétablissement des jours fériés supprimés par l’administration Tsai. Mais ils ont aussi réclamé davantage de jours de congé et ont critiqué les longues heures de travail et les bas salaires auxquels sont confrontés tous les travailleurs, tant les jeunes que les vieux, en particulier en cette période d’inflation galopante. Les travailleurs ont également demandé des garanties et des subventions pour mieux protéger les travailleurs.
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« Make Labour Movement Great Again »
« Rendre au mouvement ouvrier sa grandeur »
Message d’Apo Leung et Chan Kawai, militants ouvriers de Hong Kong
Cette année est celle du centième anniversaire de la grève générale héroïque de Hong Kong et de Canton, qui a duré seize mois. 250 000 travailleurs ont débrayé pour protester contre les massacres perpétrés à Shanghai et à Guangzhou (Canton) par les forces impérialistes et la classe capitaliste. Ils revendiquaient leurs droits politiques, sociaux et économiques. Ils ont été soutenus dans toute la Chine ainsi que par les forces progressistes à l’étranger. Malheureusement, ces tentatives révolutionnaires ont été brutalement
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« Les droits de douane commencent à faire des dégâts »
Extraits du quotidien « Financial Times » (24 avril)
Des travailleurs ont déclaré que la guerre commerciale avait entraîné la suspension de la production pendant une semaine ou plus dans des usines fabriquant des produits allant des semelles de chaussures aux jeans, en passant par les prises électriques et les réchauds portables. Certains propriétaires d’usines ont déclaré qu’ils réduisaient les heures supplémentaires ou le travail le week-end. Wang Xin, directeur de l’association de commerce électronique transfrontalier de Shenzhen, un groupe industriel représentant plus de 2 000 commerçants chinois, a déclaré que nombre d’entre eux étaient « extrêmement inquiets » et avaient demandé aux usines et aux fournisseurs d’interrompre ou de retarder les livraisons.
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Du nouveau pour les livreurs avec JD ?
En février dernier, le géant chinois du commerce en ligne JD.com (second derrière Alibaba) avait annoncé la naissance d’un service de livraison de nourriture et repas : JD.com Takeout. Le 21 avril, JD a indiqué que recrutement des livreurs à emporter de l’entreprise passera de 50 000 à 100 000 dans les trois mois !
The Paper (22 avril) précise : « JD.com a déclaré que tous les livreurs à temps plein
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Lettre n°611, 15 décembre 2023
Lu/Vu
On comptait 295,6 millions de travailleurs migrants en 2022, selon les données officielles, soit plus d’un tiers de la population active. Leur âge moyen était de 42,3 ans, c’est-à-dire que les migrants continuent à travailler plus longtemps. Plus de 60 % d’entre eux sont des hommes.
Editorial
« Pic de grèves ». « En 2023, la Chine a connu une augmentation notable du nombre de grèves dans l’industrie manufacturière, déclenchées par une nouvelle vague de délocalisations et de fermetures d’usines après la pandémie de Covid. Selon “China Labour Bulletin” (CLB), le nombre de grèves dans l’industrie manufacturière entre janvier et septembre 2023 a grimpé à 296, contre 37 en 2022, 66 en 2021, 87 en 2020 et 191 en 2019. CLB estime que ces chiffres ne représentent que 10 % de ce qui s’est réellement passé. Il s’agit d’un pic de grèves depuis 2016. Plus de 50 % de toutes les actions collectives enregistrées dans le secteur manufacturier ont été déclenchées par la délocalisation ou la fermeture d’usines à faible valeur ajoutée », écrit la chercheuse Haoju Lu (site GLC, 8 décembre).
Pour chaque grève « “China Labour Bulletin” indique clairement le lieu, la date ou la période, les revendications des travailleurs, le secteur d’activité et l’entreprise concernée. » Par conséquent, « certains événements collectés avec des données incomplètes ne peuvent y figurer ». Et de préciser : « Nous estimons que – sur la base des statistiques occasionnelles et partielles publiées par le gouvernement et les pouvoirs locaux en Chine – notre recensement des grèves représente actuellement environ 5 à 10 % de toutes les actions collectives des travailleurs du pays ». Aux grèves proprement dites il convient d’ajouter les délégations, rassemblements, sit-in qui ne s’accompagnent pas forcément d’arrêts de travail.
« Le sang et la sueur ». Quand on évoque cette résistance de la classe ouvrière, on se doit de parler « du sang et de la sueur » des travailleurs et de rappeler l’exploitation barbare qui régnait à partir des années 1980 dans les usines des patrons hongkongais, coréens, japonais et aussi chinois dans les zones économiques spéciales d’abord, puis en dehors. Dans le cadre de la politique de réforme et d’ouverture, le pouvoir du Parti communiste chinois a alors livré à ces patrons comblés cette main-d’œuvre pieds et poings liés, sans aucuns droits et sans aucune existence administrative.
Ensuite, il est utile d’insister sur le fait que, s’il existe un certain niveau de protection des travailleurs, du moins sur le papier, ce sont les grèves et les diverses formes de protestation, quelquefois massives et violentes, qui ont contraint le pouvoir à édicter lois et réglementations qui prévoient cette relative protection. Jamais le pouvoir n’a légiféré sans qu’il y ait eu auparavant mobilisation ou crainte de mobilisation massive des travailleurs. En 2007, soit trois ans après la première loi du Travail de 2004, le président de la commission des lois de l’Assemblée (ANP) avait révélé que les conflits du travail et « incidents de masse », c’est-à-dire les manifestations, grèves, sit-in, etc., avaient augmenté de… 1 350 % entre 1995 et 2006 ! C’est dire qu’en dépit d’une féroce répression la classe ouvrière n’a jamais baissé les bras et a en permanence cherché à s’organiser.
La tragédie de Zhili. Le 20 novembre dernier, un incendie s’est déclaré dans l’entrepôt au premier étage d’une usine textile à Wuxi (province du Jiangsu) et s’est propagé jusqu’au quatrième étage du bâtiment où travaillaient à la confection de fils fantaisie des ouvrières, toutes migrantes. Sept n’ont pas pu s’échapper de l’atelier et ont péri à cet étage loué à une autre entreprise.
Quasiment jour pour jour il y a trente ans, le 19 novembre 1993, un incendie avait révolté l’opinion publique en Chine et bien au-delà : à Shenzhen, la célèbre zone économique spéciale, 87 jeunes ouvrières chinoises ont perdu la vie en 1993 dans l’incendie d’une usine de jouets de Zhili. Il s’agissait d’une usine « 3 en 1 » (dortoir, entrepôt, atelier dans le même bâtiment) avec des barreaux aux fenêtres et des portes cadenassées de l’extérieur pour une surveillance et une exploitation optimales des jeunes ouvrières. Tout cela au nom du développement économique qu’il fallait soutenir à tout prix, selon les directives du tout-puissant Deng Xiaoping, en tournée à Shenzhen moins de deux ans plus tôt pour relancer la politique d’ouverture, malmenée depuis l’irruption révolutionnaire des masses au printemps de 1989. Mais cette tragédie cachait aussi une affaire de pots-de-vin… (voir au verso).
Les autorités officielles en ont-elles tiré les leçons trente plus tard ? La société textile de Wuxi « n’a pas fourni de données authentiques ou complètes » aux autorités locales, notamment sur le nombre de salariés, mais les autorités ont-elles vérifié que les inspections sur la sécurité incendie avaient bien eu lieu tous les deux mois ? Pots-de-vin à nouveau ?
Corruption partout. Le bureau politique du Parti communiste chinois (PCC) s’est réuni le 8 décembre pour décider de sa « politique économique pour 2024 », mais aussi accentuer la lutte contre la corruption : « enquêter sérieusement sur la corruption « des mouches et des fourmis » » et « à la fois sur qui accepte les pots-de-vin et qui les donne ». Il a réviséles sanctions disciplinaires : il s’agit d’« en tuer un en guise d’avertissement pour cent autres », dit un officiel. Mais rien n’y fait et force est de constater que ce pouvoir, monopolisé par le PCC, nourrit cette corruption.
En septembre, Fu Zhenghua, un ex-ministre de la Justice et ancien vice-ministre de la Sécurité publique, a été condamné pour avoir aidé margoulins et entreprises à contourner la loi : il a touché quelque 17 millions d’euros, selon le tribunal. Mais ce n’est pas le record : Li Jianping, qui était à la tête d’une zone économique spéciale (en Mongolie) et de la gestion de l’eau de la capitale, a accumulé près de 400 millions d’euros en fonds détournés et en pots-de-vin ! Mentionnons aussi cet ancien chef superviseur du réseau ferré et ses 9 millions de pots-de-vin, cet ancien secrétaire adjoint du PCC au Xinjiang, le chef de l’administration et du PCC des hôpitaux du Guangdong, le directeur de la Bourse de Shanghaï, les présidents et chefs du PCC de plusieurs banques ou institutions financières condamnés ces dernières semaines. Zhang Jinghua, lui, était le secrétaire adjoint du PCC de la province du Jiangsu et il a promu en particulier le développement de Wuxi, cette même ville où vient d’avoir lieu l’incendie et ses sept victimes. Il vient d’être condamné à 14 ans de prison pour 7 millions de pots-de-vin…
Il y a trente ans, la mort de 87 jeunes ouvrières dans un incendie
L’incendie de l’usine de jouets Zhili à Shenzhen, la plus célèbre zone économique de Chine, s’est produit le 19 novembre 1993. Cet incendie a coûté la vie à 87 jeunes ouvrières et en a estropié 51 autres. L’usine, qui travaillait pour les industriels du jouet de Hong Kong et fournissait la célèbre marque de jouets Chicco, employait environ 400 travailleuses migrantes, des jeunes filles ou des jeunes femmes provenant en grande partie des provinces du Sichuan et du Henan. Parmi ces 87 jeunes femmes qui ont perdu la vie, l’une n’était qu’une adolescente de 15 ans.
Le rapport d’enquête. « La cause principale de l’incendie est due à la négligence flagrante de la direction de l’usine en matière de sécurité et de santé au travail et à la corruption des fonctionnaires locaux », explique l’association de promotion des droits ouvriers China Labour Bulletin. Selon le rapport d’enquête officiel, la cause directe de l’incendie de Zhili fut un court-circuit dans les câbles électriques de l’entrepôt qui a mis le feu aux matériaux stockés dans l’entrepôt. Zhili avait fait appel à des électriciens non agréés, installant des fils électriques et des appareils électriques qui ne répondaient pas aux normes de sécurité. Non seulement certains fils n’étaient pas isolés par des gaines, mais un grand nombre de matériaux inflammables étaient empilés sous les câbles électriques.
L’usine Zhili comptait trois étages, conçus selon un plan « trois en un », construction illégale qui regroupe dans le même bâtiment l’atelier de production, l’entrepôt et les dortoirs des ouvrières. Après le début de l’incendie dans l’entrepôt, le feu s’est rapidement propagé à l’atelier. Près de 300 travailleurs des deuxième et troisième étages tentèrent de fuir dans la panique, mais les fenêtres étaient inaccessibles, obstruées par des barreaux métalliques et des fils barbelés. Trois des quatre sorties étaient condamnées. La combustion des fibres utilisées dans l’atelier produisit des gaz toxiques qui ont asphyxié certaines des jeunes ouvrières avant que les flammes ne les atteignent, mais, selon le rapport d’enquête, « la plupart des restes carbonisés des 87 victimes de l’incendie étaient empilées en tas devant les issues verrouillées. »
Corruption. Le rapport d’enquête a souligné que, pour attirer les investissements étrangers, le gouvernement local du sous-district de Kuichong à Shenzhen non seulement n’exigeait pas strictement des investisseurs étrangers qu’ils mettent en place une gestion de la sécurité, mais de plus « soudoyait même l’équipe de contrôle de la sécurité incendie et intercédait auprès d’elle ». Selon un article de Chang Kai, un expert en relations du travail, paru au cours du premier semestre 1993 – c’est-à-dire avant même la survenue de l’incendie de Zhili –, une équipe d’inspection des incendies avait établi que 50 des 85 usines du sous-district ne répondaient pas aux normes de sécurité. L’usine de Zhili était qualifiée d’unité présentant de « graves risques d’incendie ».
Qu’a alors fait le maire ? Il a augmenté la subvention repas de l’équipe d’inspection, en versant de 3 000 à 4 000 yuans à chacun des trois membres de l’équipe de contrôle en échange de la délivrance de certificats aux cinquante usines contrevenantes. China Labour Bulletin indique que le salaire minimum à l’époque était d’environ 200 yuans par mois…
Le gouvernement local a justifié cette mesure par la nécessité de « soutenir le développement économique de Kuichong » et a également déclaré craindre que « les hommes d’affaires de Hong Kong adressent des pétitions et se plaignent directement au gouvernement de la ville [Ndlr : de Shenzhen] ». Mais ce n’est pas tout… Le loyer mensuel de l’usine de Zhili était officiellement de 2 500 HK$. Mais, selon une convention secrète, le loyer versé réellement par le locataire, un industriel du jouet de Hong Kong, s’élevait à 24 000 HK$. Cette différence de loyer s’élève donc à plus de 1,4 million de HK$ qui ont atterri dans les poches des corrompus entre le début des activités de Zhili en 1988 et la date de l’incendie en 1993. Les dirigeants de l’usine furent condamnés à de courtes peines d’emprisonnement.
Le 9 juin 1994, la Commission Enquête Chine a reçu un appel de l’Asia Monitor Resource Center et du Hong Kong Christian Industrial Committee qui à Hong Kong faisaient partie d’une Coalition pour une Charte sur la sécurité de la production de jouetslancée après cette tragédie : un séminaire international des industriels du jouet se tenait à Paris, pouvait-on interpeller les grands fabricants de jouets de Hong Kong ? Une délégation de la Commission Enquête Chine s’est rendue dans un hôtel auprès de ces patrons, où une nuit équivalait à deux ans et demi de salaire d’une ouvrière de Shenzhen.
Dennis Ting, « l’empereur du jouet », refusait toute responsabilité dans cette tragédie comme dans celle de Kader en Thaïlande où, six mois avant l’usine Zhili, 189 jeunes filles avaient péri dans un incendie en assemblant des jouets. M. Ting était un des propriétaires de l’usine.
Condamnait-il les bâtiments « trois en un » des usines dont il était propriétaire ? « Jamais entendu parler du système des 3 en 1 ». Et le travail des enfants, une jeune fille est morte ? « Le travail des enfants n’existe pas en Chine ». Seriez-vous favorable à une commission d’enquête indépendante ? « Ce n’est pas de mon ressort ». Quelle indemnisation pour les familles de victimes et les blessés ? « Il y a quelques jours, nous avons rencontré les représentants de 15 associations de travailleurs de Hong Kong et signé un accord concernant le travail des enfants, les dortoirs d’usine et la mise en place d’une politique de prévention des incendies. » Mais rien sur l’indemnisation…
Et pour cause ! Chicco a attendu fin 1997, soit quatre ans après l’incendie, pour annoncer un fonds d’indemnisation ridicule : environ 2500 euros d’aujourd’hui par victime ! Mais fin 1999, ni les familles ni les blessés n’avaient touché un centime… car les fonds avaient été versés à la fondation catholique Caritas en Chine ! Ils n’ont pas servi à indemniser les victimes mais à financer deux écoles et un atelier de prothèses…
HONG KONG
Le camouflet ! Les élections de district organisées par le gouvernement mais réservées à des candidats « patriotes »(voir « Lettre » n°609) se sont déroulées le 10 décembre. Les résultats sont marqués par une énorme défiance de la population à l’égard du pouvoir pour ces élections de quartier, en dépit d’une propagande officielle permanente, de la mobilisation du syndicat HKFTU et des partis proches du pouvoir, en l’absence donc de toute voix d’opposition. Jugez plutôt : quasiment trois électeurs sur quatre ne sont pas allés voter (participation de 27,5 %) alors que, lors des précédentes élections en 2019, ils étaient près de trois sur quatre à jeter un bulletin dans l’urne (71,2%) ! Il faut rappeler que ces joutes électorales de 2019 se tenaient pendant la mobilisation massive de la population dans la rue contre le projet de loi sur l’extradition.
Marilyn Tang, 63 ans, a été placée en détention provisoire dans l’attente de sa condamnation le 21 décembre, a rapporté InMedia (7 décembre). Son crime ? Elle est la sœur d’Elizabeth Tang, ancienne secrétaire générale de la confédération syndicale HKCTU, et elle a emporté des appareils électroniques du domicile de sa sœur lorsque cette dernière a été arrêtée en mars dernier… Elle a été inculpée de détournement du cours de la justice six mois après son arrestation et le juge a déclaré qu’une peine de prison était inévitable !
Chow Hang-tung, Tang Ngok-kwan et Tsui Hon-kwong, anciens membres de l’Alliance qui à Hong Kong organisait la commémoration annuelle des victimes du massacre de Tian Anmen en 1989, avaient été reconnus coupables en mars dernier de ne pas avoir transmis à la police des informations sur leurs collègues de l’Alliance. En vertu de la loi sur la sécurité nationale, la police peut exiger des informations de la part de personnes considérées comme des « agents d’autorités ou d’organisations politiques étrangères ». Les trois militants avaient été emprisonnés quatre mois et demi, mais avaient fait appel de leur condamnation, considérant que l’Alliance n’était pas un « agent étranger ».
Par ailleurs, les plaidoiries du procès des 16 accusés qui ont plaidé non coupables de conspiration en vue de commettre des actes de subversion ont pris fin le 4 décembre. Verdict dans « trois ou quatre mois », mais « sans garantie », dit un juge.
Lettre n°610, 1er décembre 2023
Lu/Vu
Trente ans après l’incendie de l’usine de jouets Zhili à Shenzhen, qui avait coûté la vie à 87 jeunes ouvrières, « les mesures de sécurité au travail font toujours défaut dans l’industrie manufacturière » (China Labour Bulletin, 30 novembre 2023).
Editorial
« Risques et dangers ». Les financiers du monde entier réunis en conclave à Hong Kong le mois dernier ont donc quitté la ville au moment où était annoncée une hausse du chômage (2,9 %) alors que 20 % des Hongkongais vivent déjà dans la pauvreté. Et l’emploi en Chine continentale ? Les chiffres du chômage des jeunes dans les villes ne sont plus publiés depuis juillet dernier parce qu’ils étaient trop catastrophiques. Des chiffres officiels du chômage urbain toutes classes d’âge semblent montrer une amélioration de la situation. Le Premier ministre Li Qiang a tenu une réunion de responsables de tout le pays pour « la stabilisation de l’emploi » : priorité au soutien à l’emploi dans toutes les villes pour assurer la stabilité économique ! Rien de neuf – soutien aux PME, formation, mesures fiscales… – si ce n’est l’avertissement proféré par le vice-Premier ministre Hu Chunhua : « Nous devons identifier rapidement les tendances et les problèmes émergents, et prévenir ou résoudre efficacement les risques et les dangers liés aux relations de travail ». Traduction des observateurs du site Trivium (20 novembre) : « Les licenciements massifs ou les salaires impayés pourraient déclencher des manifestations de travailleurs ».
Précautions. « La Chine veut s’assurer que les travailleurs migrants seront payés avant le Nouvel An lunaire », insiste la revue chinoise « Caixin » (30 novembre), qui cite au moins neuf provinces ayant publié des avertissements ou convoqué des réunions pour traiter la question des salaires impayés. C’est le cas de la municipalité de Pékin et des provinces du Hunan et du Shanxi. Les grandes villes et les centres industriels de Tianjin, Chongqing et Suzhou ont proposé un soutien aux entreprises manufacturières, de vente au détail ou liées au commerce extérieur confrontées à une baisse des commandes et des bénéfices, afin qu’elles puissent s’assurer que les salaires seront payés à temps et éviter les licenciements massifs. La province du Shaanxi a même demandé aux entreprises d’utiliser leurs liquidités prévues pour les cas d’urgence pour payer les salaires par avance. En outre, les comtés, qui viennent de recevoir leurs dotations, sont priés par le gouvernement de faire passer l’école et les soins de santé de la population avant même de verser les salaires de leurs fonctionnaires !
La conseillère d’État Shen Yiqin, qui dirige un groupe de travail ministériel sur l’emploi et la protection au travail au sein du gouvernement, a averti : « Il est nécessaire de punir sévèrement les retards de versement de salaire délibérés … [et] d’aider les travailleurs migrants à résoudre les problèmes temporaires qu’ils peuvent rencontrer dans leur vie quotidienne ». Une certaine inquiétude règne donc…
Risque de conflits. « En Chine, des millions de travailleurs migrants ruraux se rendent dans les grandes villes pour y trouver un emploi dans la construction, le secteur des services et les usines, comme Foxconn, le fabricant de l’iPhone. Le Nouvel An lunaire est souvent le seul moment où ils peuvent rentrer chez eux pour se réunir avec leur famille, et tout argent en plus est le bienvenu avant les festivités. Les prochaines vacances du nouvel an commenceront le 10 février », écrit « South China Morning Post » (1er décembre). Rectifions : « L’argent en plus » dont il est question ici n’est que le salaire qui leur est dû pour le travail que ces 295 millions de travailleurs font dans des conditions terribles de surexploitation, les patrons étant pratiquement toujours en violation des lois et réglementations du travail.
L’inquiétude du pouvoir se trouve alimentée par cette volonté des travailleurs de défendre leurs droits en dépit des risques de répression (« La Lettre » l’illustrera dans ses prochaines éditions) et les manifestations dans tout le pays n’avaient pas manqué l’an dernier : « Les conflits salariaux ont dégénéré en affrontements à l’approche des fêtes du nouvel an lunaire », rapportait « Financial Times » (25 janvier 2023, voir « Lettre Chine » n°592).
Quel syndicat ? On lit souvent de ces rapports où les travailleurs affirment : « Comme il n’y a pas de syndicat, on s’organise collectivement ». Certains prennent même l’initiative d’aller au tribunal, à l’exemple de Liang, un livreur de repas (voir au verso) : il avait « déjà contacté le syndicat local, qui n’avait pas réussi à résoudre le problème ». Le syndicat n’a pas réussi à résoudre le problème ?
Et le syndicat de cette mine de Lüliang, dans « la province du charbon », le Shanxi, a-t-il contrôlé que les inspections de sécurité et incendie avaient bien eu lieu, et surtout en bonne et due forme, alors qu’un incendie dans le bâtiment des vestiaires et douches a provoqué la mort de 26 mineurs (« Global Times », 19novembre) ? Ce qui manque à tous ces travailleurs, c’est un syndicat à eux, un syndicat qui ne dépende ni de la direction de l’entreprise, ni du pouvoir et donc du Parti communiste.
Hong Kong. « Le plus grand procès de militants pro-démocratie à Hong Kong, qui doit juger une cinquantaine d’accusés, est entré dans sa dernière ligne droite le 29 novembre avec l’ouverture des derniers débats, plus de 1 000 jours après le début de l’affaire. Les 47 accusés sont poursuivis pour avoir enfreint la drastique loi hongkongaise sur la sécurité nationale et sont passibles de peines de prison à perpétuité », écrit l’AFP. Parmi ces accusés, des syndicalistes de la HKCTU – la confédération syndicale indépendante dissoute – en prison depuis près de trois ans ! Lors d’une intervention en visioconférence le 23 novembre auprès des délégués de la 5e conférence de la Confédération syndicale internationale (CSI) Asie-Pacifique, Christopher Mung, ancien secrétaire de la HKCTU, aujourd’hui en exil, en a appelé à la solidarité : « Nous vous demandons votre soutien pour la libération de tous les syndicalistes emprisonnés, pour l’abrogation de la loi sur la sécurité nationale et pour la fin immédiate de la répression du mouvement syndical à Hong Kong. Le syndicalisme n’est pas un crime ». La CSI Asie-Pacifique, présente dans 34 pays avec 60 millions de syndiqués, a adopté une résolution sur cette question (voir au verso).
Un livreur de repas va au tribunal
Vêtu de son uniforme jaune, Liang livre des repas sur son scooter électrique pour le compte de Meituan, le géant du secteur. Il a intenté une action en justice contre la société de gestion immobilière d’un vaste complexe résidentiel dans un beau quartier de Pékin, estimant que le refus d’autoriser les livreurs à entrer par la porte principale de la résidence constituait une discrimination et une violation de ses droits.
L’affaire est la suivante : pour chaque commande, les applications de livraison fournissent aux coursiers un itinéraire depuis le point de vente des plats à emporter jusqu’à leur destination. Dans le cas de cette résidence, les coursiers sont toujours dirigés vers la porte ouest, l’entrée principale. Mais les agents de sécurité refusent de les laisser passer, insistant pour qu’ils se garent devant la porte nord-est, l’entrée de service.
Les livreurs sont payés à la livraison et sont tenus d’exécuter les commandes dans un délai fixé par l’application de la plate-forme, qui inflige des amendes en cas de retard. Liang explique qu’aller à cette porte de service rallonge l’itinéraire et implique un retard de livraison, ce qui entraîne une amende pour le livreur. « J’ai demandé directement aux vigiles pourquoi ils laissaient entrer d’autres personnes et pas nous. Ils m’ont répondu qu’ils ne faisaient qu’obéir aux ordres », affirme Liang. Le 28 septembre, Liang a refait l’expérience en présence d’un journaliste dans le quartier des affaires de Pékin. Il raconte qu’une grande entreprise d’État dans laquelle il se rend souvent n’autorise pas non plus les coursiers à entrer et ne met pas de table à l’entrée pour déposer les livraisons, ce qui signifie qu’ils doivent attendre en bas que le client vienne chercher la commande.
A ses débuts, Liang jonglait avec sa dizaine de commandes lors du coup de feu de midi. Il montait près de cent étages par jour et, après le travail, il s’endormait aussitôt couché. Il gagnait plus de 10 000 yuans par mois [Ndlr : 4 fois le salaire minimum], mais il n’en pouvait plus… Les problèmes semblent sans remède : le service d’assistance téléphonique de la plate-forme Meituan est injoignable et inutile de contacter le service clientèle lorsque l’itinéraire est impossible car « les itinéraires sont décidés par l’algorithme… ». Alors, lorsque les résidences sont trop difficiles d’accès, les coursiers essaient de transférer la commande à quelqu’un d’autre ou de l’annuler. Des coursiers préfèrent même appeler le client pour lui dire que son repas a été perdu et lui proposer un remboursement immédiat par WeChat sur internet. De ce repas, ils font alors leur déjeuner, car c’est mieux que de recevoir une amende et de retarder les livraisons suivantes.
Un avocat a pris en charge le dossier de Liang. Il lui a d’abord conseillé de déposer une plainte administrative, mais Liang a expliqué qu’il avait déjà contacté le syndicat local, ce qui n’avait pas permis de résoudre le problème.
(Récit d’après « The Paper », 25 novembre)
Un journaliste citoyen tué lors d’une garde à vue
Le journaliste citoyen et militant Sun Lin a été tué à la suite d’une altercation lors d’une descente de police à son domicile le 17 novembre. Plusieurs agents de la sécurité publique avaient forcé la porte de son domicile à Nanjing. Des voisins disent avoir entendu les bruits d’une querelle entre le journaliste et la police. Il a été transporté à l’hôpital, où il est décédé trois heures plus tard.
Sun Lin avait été condamné à quatre ans de prison pour avoir couvert des expulsions forcées et des commémorations du massacre de la place Tiananmen en décembre 2008, puis à nouveau à quatre ans en 2018 pour avoir pris des photos à l’occasion du procès d’un militant. La Fédération internationale des journalistes « condamne fermement l’assassinat du journaliste et exhorte les autorités à mener immédiatement une enquête transparente et à demander des comptes aux responsables, en mettant toutes les conclusions à la disposition du public et des proches de Sun Lin » (source : médias, 22 novembre).
Nouvelles de Hong Kong
Une résolution de la CSI Région Asie-Pacifique. La résolution, qui appelle à la solidarité avec le mouvement syndical indépendant et les syndicalistes emprisonnés à Hong Kong, exprime de vives inquiétudes quant aux attaques persistantes des autorités chinoises et de Hong Kong contre les syndicalistes indépendants, notamment Elizabeth Tang, secrétaire générale de la Fédération internationale des travailleurs domestiques, et Christopher Mung, directeur exécutif de HKLRM. La résolution mentionne également l’emprisonnement prolongé de trois syndicalistes de Hong Kong : l’ancien secrétaire général de la Confédération des syndicats de Hong Kong (HKCTU), Lee Cheuk-yan, l’ancienne présidente de la HKCTU, Carol Ng, et l’ancienne présidente de l’Alliance des employés de l’administration hospitalière (HAEA), Winnie Yu. Ces trois personnes sont détenues depuis plus de deux ans sur la base d’allégations de subversion de l’État. La CSI Asie-Pacifique a également souligné que les autorités chinoises et de Hong Kong ne respectent pas les obligations internationales ni les recommandations de l’Organisation internationale du travail (…).
Ne pas payer le travailleur ne coûte pas cher… « À l’heure actuelle, la sanction maximale pour défaut de paiement des salaires à Hong Kong est une amende de 350 000 HK$ (41 000 euros) et une peine de trois ans de prison. Le gouvernement affirme que la sanction a un effet dissuasif, mais qu’en est-il des jugements rendus par les tribunaux ? Au cours des vingt-quatre derniers mois, 1 685 condamnations ont été prononcées pour non-paiement de salaires ou d’indemnités. La plupart des condamnations n’ont donné lieu qu’à une amende de quelques centaines d’euros, l’amende la plus légère n’étant que de 93 euros. Au cours des deux dernières années, un seul directeur d’entreprise a été condamné à quatre mois d’emprisonnement immédiat. Une autre entreprise a été traduite en justice trois fois en l’espace de huit mois pour défaut de paiement des salaires, mais le directeur impliqué dans l’affaire n’a finalement été condamné qu’à une peine avec sursis. Le gouvernement a toujours souligné que le non-paiement des salaires est une infraction pénale grave, mais comme les employeurs qui ne respectent pas les règles ont été laissés en liberté à maintes reprises, il n’est pas étonnant que la situation ne se soit pas améliorée au fil des ans. »(Source : Hong Kong Labour Rights Monitor, novembre 2023)
Un juge de la Haute Cour de Hong Kong s’est étonné que la plupart des candidats à l’élection directe pour les prochaines élections locales siègent également dans les comités qui décident de qui peut être candidat. La réforme du processus électoral aux conseils de district, qui date de mai dernier, a drastiquement réduit que le nombre de sièges à pourvoir par vote direct des électeurs : on est passé de 452 sièges à pourvoir à 88 ! Les 382 sièges restants seront attribués non à des personnes élues, mais choisies par la municipalité et par les comités de nomination désignés par le gouvernement. Tout cela pour garantir en principe que seuls des « patriotes » seront élus. Mais l’écrémage n’est pas fini ! Pour ces 88 seuls sièges pour lesquels le citoyen hongkongais est appelé à voter, 129 des 171 candidats sont membres des trois commissions chargées de décider qui peut être candidat !Voilà donc la conception de la démocratie du pouvoir qui laisse abasourdi un juge de la Haute Cour…
Les écoliers de Hong Kong commenceront à apprendre la loi sur la sécurité nationale dès l’âge de huit ou neuf ans au cours de la prochaine année scolaire, a annoncé le Bureau de l’éducation. La nouvelle matière, qui remplacera les études générales actuelles, exigera des élèves de troisième année primaire qu’ils aient une connaissance de base de la législation sur la sécurité promulguée par Pékin, de la garnison de l’Armée populaire de libération de Hong Kong et de la défense nationale (HKFP, 23 novembre)
Lettre N°609, 15 novembre 2023
Lu/Vu
« Nous ne pouvons plus vivre ! », criaient au soir du 11 novembre des centaines d’enseignants qui s’étaient rassemblés devant le siège du gouvernement du comté de Jinxian (province du Jiangxi), dénonçant le non-versement des salaires.
Éditorial
Les dirigeants des plus grandes banques d’investissement et des gestionnaires d’actifs sont venus du monde entier à Hong Kong au début du mois. Ordre du jour ? « La principale question que tout le monde se pose en venant à Hong Kong est de savoir comment se porte l’économie chinoise et quelles seront les fluctuations de cette économie », dit une responsable (Reuters, 3 novembre). Les chiffres parlent d’eux-mêmes : les exportations ont décliné en octobre par rapport à l’an dernier, tandis que les importations n’ont que peu progressé ; les investissements directs étrangers ont baissé pour la première fois depuis vingt ans ; depuis le mois de mars, l’activité dans les services (transports, assurances, banques, etc.) ne fait que chuter et quand les usines tournent, les embauches ne sont pas massives. Et la rencontre Biden-Xi Jinping prévue au sommet de l’APEC (Coopération économique Asie Pacifique) à San Francisco ne va pas y changer grand-chose. Pour le travailleur ou le chômeur, l’avenir est toujours aussi incertain.
« Licenciements à l’hôpital », lit-on dans un rapport que nous reçu. L’affaire a fait grand bruit sur les réseaux sociaux, et pas seulement à Yiyang, dans la province du Hunan. Là, l’hôpital de Kangya a annoncé au soir du 4 novembre dans une note au personnel que tous les employés verraient leur contrat de travail résilié dès le 11 novembre et qu’ils seraient donc licenciés ! Cet hôpital privé fondé en 2016, mais devenu public en 2022 allait être repris par l’hôpital central de Yiyang, public également, sur décision du gouvernement municipal et du comité du Parti communiste (PCC).
« On a travaillé dur pendant sept ans et voilà qu’on nous prive de notre emploi », « On est confrontés collectivement au chômage au milieu de la nuit », « J’ai reçu la notification ce soir. Cette nuit est une nuit blanche pour plus de 700 familles », voilà les réactions qu’on pouvait lire sur les réseaux sociaux. La municipalité s’efforce alors de temporiser et de rassurer : la Commission municipale de la santé, avec la direction de l’hôpital central, promet de s’attacher à un « travail de recrutement ciblé à l’hôpital central » et de s’efforcer de « garder autant d’employés que possible de l’hôpital de Kangya ». Mais ils omettent de préciser que les personnels repris passeront par une agence de recrutement, ce qui signifie qu’ils auront perdu leurs avantages acquis à Kangya et qu’ils ne bénéficieront pas des avantages de leurs collègues de l’hôpital central…
Illégalité. On note l’absence de préavis alors que l’article 41 de la loi sur le contrat de travail en prévoit un de un mois avec consultation préalable du syndicat ou des salariés. Mais le syndicat semble muet… alors même que « l’hôpital de Kangya doit quatre ou cinq mois de salaire à ses employés », que « la prime pour l’épidémie n’a toujours pas été versée », selon les témoignages. « Nous voulons juste protéger nos droits de manière raisonnable et légale ! », dit un employé.
C’est ce que voulaient aussi les travailleurs de l’usine textile Yonglong à Shaoxing (province du Zhejiang), quand ils ont fait grève pour leurs indemnités alors que l’usine va être délocalisée. De même, fin octobre, des centaines de travailleurs des charbonnages de Jinyang Coal and Coke à Luliang (province du Shanxi) se sont mis en grève deux jours pour protester contre les licenciements déguisés de l’entreprise, et pour le paiement de congés et de primes compensatoires. Le 11 novembre, les travailleurs de Laiming Industrial à Xiamen (province du Fujian) ont de leur côté fait grève pour le paiement des salaires dus par l’entreprise depuis trois mois.
Pegatron est un manufacturier taïwanais d’Apple, rival de Foxconn. « La Lettre » publie des extraits (voir au verso) d’une enquête de l’association China Labor Watch (20 septembre) sur les violations des lois du travail dans l’usine Pegatron de Kunshan. Ce non-respect des lois et réglementations ressemble à ce qui avait déjà été relevé dans les usines Pegatron de Shanghai et de Suzhou : en novembre 2020, Apple avait dû suspendre la production de ses téléphones à la suite de rapports accablants publiés déjà par China Labor Watch (voir « Lettre » n° 539). L’été dernier, cette usine de Kunshan a embauché massivement par l’intermédiaire d’agences de recrutement pour assurer la sortie des iPhone 15 Pro d’Apple.
Avocats en prison. Nous publions également un court plaidoyer de Marie Holzman en faveur de l’avocat Xu Zhiyong . En février 2020 déjà, des sinologues du monde entier avait attiré l’attention sur le cas de Xu : « Nous connaissons les nombreuses et franches critiques de Xu Zhiyong à l’égard du gouvernement chinois et de vous personnellement. Mais nous nous souvenons également que lorsque vous êtes arrivé au pouvoir en 2012, vous avez annoncé votre intention de “gouverner par la Constitution”. L’article 35 de la Constitution chinoise stipule : “Les citoyens de la République populaire de Chine jouissent de la liberté d’expression, de la liberté de la presse, de la liberté de réunion, de la liberté de manifestation et de la liberté de protestation”. L’article 41 est libellé comme suit : “Les citoyens de la République populaire de Chine ont le droit de présenter des critiques et des suggestions à tout organe de l’État et à tout représentant de l’État”. Les opinions de Xu Zhiyong divergent assurément des points de vue officiels du gouvernement, mais elles relèvent toutes de la liberté d’expression et de la critique garanties par la Constitution chinoise. »
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Conditions de travail chez Pegatron, l’autre fournisseur d’Apple
Dix ans après la première enquête chez Pegatron, China Labor Watch estime que « les conditions de travail n’ont pas changé de manière significative », que ce soit dans les usines de Shanghai, Suzhou ou Kunshan. Des trente et une violations des lois ou réglementations, ou manquements et autres irrégularités relevés à Kunshan, nous avons sélectionné ce qui suit :
– Discrimination au cours du processus de recrutement en fonction de la région, de l’ethnie, de la religion, de l’âge et du sexe. L’usine ne recrute pas de femmes enceintes, de travailleurs issus des groupes ethniques yi, tibétain et ouïgour, ni de travailleurs âgés de moins de 18 ou de plus de 42 ans.
– Frais de recrutement : les candidats à l’emploi doivent payer 30 yuans (4 euros) pour l’examen médical obligatoire.
– Formation inadéquate : seulement 2 heures de formation à la sécurité, soit bien moins que les 24 heures minimales requises par la loi. Les réponses aux questions de l’examen de formation sont remises aux employés pour qu’ils les copient.
– Recours excessif à des travailleurs passés par des agences de recrutement et à des étudiants : plus de la moitié des travailleurs de l’usine pendant l’été sont des étudiants (collège, lycée technique, licence, etc.).
– Les stagiaires (élèves d’écoles professionnelles) faisaient des heures supplémentaires, travaillaient de nuit et étaient menacés par les formateurs d’être privés de diplôme s’ils démissionnaient.
– Les travailleurs doivent payer des frais de fournitures de travail de 150 à 300 yuans, ce qui dépasse de loin le prix réel de ces fournitures.
– La démission nécessite l’approbation du directeur et est souvent rejetée. Dans la plupart des cas, les travailleurs choisissent de partir sans rien.
– Les travailleurs n’ont pas suffisamment de temps pour lire le contrat de travail lors de l’embauche et n’en comprennent pas tous les termes et conditions.
– Difficulté à bénéficier des congés de maladie et des congés personnels.
– Heures supplémentaires obligatoires et excessives : généralement jusqu’à 84 heures par mois pendant la basse saison et 97 heures pendant la haute saison, ce qui dépasse de loin la limite légale de 36 heures supplémentaires par mois.
– Pas de jour de repos assuré sur des périodes de travail de 14 jours, les 10 heures de repos par jour ne sont pas assurées non plus.
– Temps non rémunéré : obligation d’assister à une réunion de 10 minutes par jour non rémunérée, soit un total de 4 h 20 par mois.
– Lorsque les travailleurs bénéficient de pauses, elles ne durent que 5 minutes.
– Les primes de performance sont déterminées à la tête du client par les chefs d’équipe.
– L’usine prétend souscrire une assurance, mais ce sont seulement les travailleurs qui ont travaillé trois mois qui vont commencer à bénéficier d’une assurance et aucune carte de sécurité sociale n’est fournie à ceux qui bénéficient de cette assurance.
– Les travailleurs ne sont pas autorisés à utiliser leur téléphone, même pendant les pauses repas.
– Harcèlement sexuel généralisé, notamment par les superviseurs.
– Absence de représentation syndicale et de mécanismes internes de règlement des revendications.
– Absence de comité d’hygiène et de sécurité environnementale : les employés ne reçoivent pas de formation à la sécurité avant de commencer à travailler.
– Pas d’examens réguliers pour dépister les maladies professionnelles, même pour les travailleurs exposés quotidiennement à des substances toxiques.
En bref, à Hong Kong…
75 % des candidats à l’élection directe aux conseils de district de Hong Kong (élections locales) siègent dans les commissions qui décident de qui peut être candidat ! L’élection, « réservée aux patriotes », est prévue pour le 10 décembre. C’est l’Alliance démocratique pour l’amélioration et le progrès de Hong Kong (DAB), le plus grand parti politique proche du pouvoir, qui a présenté le plus grand nombre de candidats. La Fédération des syndicats de Hong Kong, qui généralement soutient le gouvernement, a également présenté des candidatures. Car il faut que la ville ne puisse plus être « détournée, manipulée et paralysée », a dit (31 octobre) le directeur du bureau de liaison de la Chine à Hong Kong.
Par ailleurs, John Lee, l’ancien policier devenu chef du gouvernement, a déclaré le 25 octobre que la ville adopterait sa propre loi sur la sécurité en 2024, quatre ans après celle que Pékin a imposée pour condamner la sécession, la subversion, le terrorisme et la collusion avec l’étranger. Au 31 octobre, 285 personnes avaient été arrêtées pour des actes et activités suspectés de mettre en danger la sécurité nationale depuis l’entrée en vigueur de la législation, a déclaré le Bureau de la sécurité. Parmi ces 285, 170 personnes ont été inculpées (HKFP, 4 novembre).
Liberté pour Xu Zhiyong et Ding Jiaxi !
Par Marie Holzman
Le 4 avril 2023, un tribunal régional de la province de Shandong a condamné Xu Zhiyong, un célèbre militant des droits civiques, à 14 ans de prison pour « subversion du pouvoir de l’État ». Ding Jiaxi, son compagnon d’infortune, a été condamné à 12 ans de prison. Les deux hommes étaient détenus depuis plus de trois ans. Xu et Ding ont déjà été condamnés en 2014 à des peines d’emprisonnement de quatre et trois ans et demi, respectivement, pour avoir « rassemblé une foule dans le but de perturber l’ordre public ». Après leur libération, ils ont continué à militer au nom du Mouvement des nouveaux citoyens.
En décembre 2019, Xu et Ding avaient organisé un rassemblement d’une dizaine de militants à Xiamen, dans la province de Fujian. Les participants ont discuté de l’état de la politique chinoise et des perspectives du pays. Lorsque les autorités ont commencé à rechercher les participants, Xu est entré dans la clandestinité. Avant d’être arrêté à Guangzhou en février 2020, il avait publié une lettre ouverte appelant Xi Jinping à démissionner.
Comme c’est le cas pour la plupart des prisonniers politiques, la majorité des Chinois ne connaissaient pas leur nom. « Bien qu’ils ne soient pas loin de nous, écrivait le dissident Guo Yushan en 2013, ils sont inconnus. Parce qu’ils ont cherché à obtenir justice, ils ont fait l’objet de persécutions constantes. Ces personnes, que ce soit dans le passé ou dans le présent, ont invariablement “disparu”. Elles sont éliminées par le système, rejetées par la société et oubliées par tous. Plus leur résistance au système est grande, plus l’effort pour éliminer toute trace de leur existence est extrême. »
Pourtant, en novembre 2003, Xu Zhiyong avait été élu représentant du peuple par les électeurs du district universitaire de Haidian à Pékin. Depuis, Xu Zhiyong a poursuivi son combat pour plus de liberté, de démocratie et d’État de droit. Sous l’ère Hu Jintao (2002-2013), un certain degré d’activisme était toléré. Mais, depuis, toute marge de manœuvre a disparu, à tel point que même les organisateurs de la rencontre de Xiamen ont été condamnés à de lourdes peines de prison. Au nom de ses idéaux, de son combat pour l’État de droit, il a été détenu à plusieurs reprises, battu, assigné à résidence, empêché de donner des cours dans son université. Mais il n’a jamais abandonné. Il avait fondé le Mouvement des nouveaux citoyens en 2012, afin de promouvoir l’État de droit, le gouvernement constitutionnel et la réforme démocratique.
Ding Jiaxi a eu une carrière très réussie en tant qu’avocat d’affaires. En 2011, il a reçu un prix pour avoir été l’un des « 10 meilleurs avocats en matière de propriété intellectuelle » à Pékin. Mais son objectif n’était pas de gagner de l’argent. Il voulait contribuer à changer la société. Il a encouragé les gens à comprendre que la direction du parti ne devait pas avoir le dernier mot et que même un citoyen ordinaire pouvait contester les dirigeants politiques locaux lorsque les choses allaient mal.