Lettre 594, 1er mars 2023

VU

Fin février, la police de Hong Kong a arrêté six membres d’une « organisation antigouvernementale » pour sédition présumée ! Ils avaient produit et vendaient un livre sur les grandes manifestations de 2019 et 2020 sur le stand d’une foire du Nouvel An dans la ville…

Editorial

A Hong Kong, les droits syndicaux sont « plus forts et plus intacts que jamais ». Voilà ce qu’a déclaré un certain Cheung Hoi-shan, commissaire adjoint du département du travail à Hong Kong, devant des experts du Comité des droits économiques, sociaux et culturels de l’ONU à Genève, où ils ont été interrogés sur la liberté d’association dans le cadre de la loi sur la sécurité nationale. Le rapporteur du comité de l’ONU a demandé à la délégation des dix hauts fonctionnaires hongkongais comment Hong Kong comptait assurer que la loi sur la sécurité nationale ne serait pas utilisée pour « compromettre gravement la réalisation des droits économiques, sociaux et culturels », rappelant que la confédération syndicale HKCTU avait dû prononcer sa dissolution…

En réponse, Simon Wong, secrétaire adjoint du Bureau de la sécurité, a déclaré qu’il ne fallait pas spéculer sur les raisons de la disparition des syndicats car « la liberté d’association est garantie par la loi fondamentale », conforté par son ami Cheung : « Il faut faire une distinction claire entre les activités syndicales légitimes protégées par notre loi et les actes illégaux qui n’ont rien à voir avec l’exercice des droits syndicaux ».

Toute honte bue, ces gens qui font partie d’une administration gouvernementale qui a participé à l’emprisonnement de syndicalistes, contraint des dizaines de syndicats à la dissolution, prétendent expliquer en quoi consistent « les activités syndicales légitimes » et, mieux encore, les défendre !

La demande des personnels de cabine de la compagnie aérienne hongkongaise Cathay de se rassembler devant le siège de l’entreprise pour « attirer l’attention et le soutien du public » pour leurs revendications n’était-elle pas « légitime » ?Refusé ! Car la direction s’y est opposée, cette même direction qui en décembre 2020 annulait les négociations annuelles avec les syndicats qu’elle qualifiait de « pratiques désuètes des années 1970 qui ne conviennent plus au monde moderne ».

Et cette manifestation qui devait avoir lieu le 8 mars pour les droits du travail des femmes et l’égalité entre les hommes et les femmes à l’approche de la Journée internationale des femmes ? L’Association des femmes travailleuses de Hong Kong qui l’organisait a dû l’annuler le 3 mars, car si la police a émis une notice de « non-objection », elle l’a assortie d’un avertissement : « Bien que la police espère que personne n’enfreindra la loi, nous avons constaté que de nombreuses personnes, y compris des groupes violents, ont déclaré qu’elles participeraient à l’événement ».

« Lignes rouges ». Selon les conditions fixées par la police, l’association aurait dû veiller que la manifestation soit conforme à la loi sur la sécurité nationale… dont les « lignes rouges » sont arbitraires et donc inconnues. La police n’est donc pas là pour protéger les manifestants des actions de prétendus « groupes violents », elle dissuade l’organisation de manifestations avec cette épée de Damoclès que constituent la loi de sécurité nationale et les fariboles sur les « groupes violents ».

Syndicats « intacts comme jamais » ?Le syndicat des employés de l’administration de Hong Kong, le HKWCCU, a annoncé sa dissolution de fait le 17 janvier. Le gouvernement avait prévenu le syndicat en décembre de sa radiation. « Le syndicat n’est pas bouleversé par son désenregistrement. (…) Nous avons été très clairs dès le départ sur le fait qu’il n’était pas possible de déterminer où se situaient les lignes rouges », déclare le HKWCCU dans un communiqué. Ce syndicat faisait partie des dizaines de syndicats qui se sont construits dans les grèves et grandes manifestations populaires contre le projet de loi anti-extradition de l’été 2019 à la fin de 2020.

La prospérité promise. Alors à la direction de la confédération syndicale de Hong Kong HKCTU, aujourd’hui dissoute, Christopher Mung, l’invité du 24e Banquet de solidarité, posait ce problème il y a deux ans : « Le problème est de savoir si faire ce que les syndicats ont toujours fait – comme critiquer les politiques gouvernementales, organiser des grèves dans l’industrie ou se relier à des syndicats internationaux – serait considéré comme des violations conduisant à l’interdiction d’un syndicat ». Le pouvoir avait alors déjà jeté en prison le secrétaire général du syndicat Lee Cheuk-yan.

Le constat est simple : les syndicats qui ont encore une activité ne peuvent plus vraiment agir librement sans risquer les foudres du pouvoir et « se relier à des syndicats internationaux », c’est risquer de se voir accusé de « liens avec des forces étrangères hostiles ». Le pouvoir ne cesse de serrer l’étau pour tenter de retrouver « la prospérité »… pour Cathay, les banques, l’immobilier et les spéculateurs, pas pour le petit peuple des travailleurs de Hong Kong.

Que ce soit en Chine continentale, où 8,4 millions d’emplois urbains ont été détruits l’an dernier, ou bien à Hong Kong, les travailleurs chinois ont besoin de défendre leurs intérêts, de s’associer librement sous la forme qu’ils décident, de syndicats à eux. Et c’est un devoir du mouvement ouvrier, en particulier des syndicats que d’organiser la solidarité ouvrière nécessaire.

Un banquet et un livre. Si la Commission Enquête Chine a invité Christopher Mung, c’est pour lui permettre de faire connaître la situation réelle des travailleurs et des syndicalistes à Hong Kong après la vague de répression. Aussi avons-nous sollicité des organisations syndicales et des syndicalistes de l‘accueillir pour exposer le combat qu’il mène avec ses camarades pour informer l’opinion internationale et aider les syndicats encore actifs à Hong Kong. Des rencontres sont donc à l‘ordre du jour.

La seconde initiative de la Commission Enquête Chine est la publication d’un livre de 120 pages pour faire connaître les 31 ans de combat de la HKCTU, les grèves et manifestations, les prises de position et la répression. La Commission a rassemblé et traduit toute une série de documents en accord avec Ch. Mung. Nous présentons l’introduction de ce livre (voir au verso) qui sera disponible au 24e Banquet au prix de 10€ jusqu’au 30 avril (12€ ensuite).

Il est encore temps de s’inscrire pour participer à ce banquet du 10 mars et ainsi faire acte de solidarité.

Inscription à comenchine@wanadoo.fr (participation aux frais : 20 euros, étudiants : 10 euros, chèques à l’ordre de Commission Enquête Chine, 25 rue Ledion, 75014 Paris)

Un livre: « Hong Kong Confederation of Trade Unions,

31 ans de combat pour un syndicalisme ouvrier indépendant »

Voici la présentation de ce livre signée de Christopher Mung et Alain Denizo.

Ce livre est une rencontre.

La Hong Kong Confederation of Trade Unions (HKCTU) a été constituée en 1990. Elle plonge ses racines dans la longue histoire des combats des travailleurs de Hong Kong, depuis les premières grèves de 1844 contre le colonisateur britannique jusqu’à la grève générale de 2019.

Elle est née en réponse à la mobilisation en mai-juin 1989 des travailleurs dans toute la Chine, de Pékin à Shanghai : « Le massacre du 4 juin nous a fait comprendre que c’était la tâche de l’époque de former une confédération syndicale pour unir les syndicats indépendants ». La « Commission d’enquête internationale du mouvement ouvrier démocratique contre la répression en Chine » s’est constituée le 4 janvier 1990 lors d’une rencontre avec des militants ouvriers chinois en exil. Ils avaient participé à la constitution de la Fédération autonome des ouvriers de Pékin sur la place Tiananmen. La Commission Enquête Chine proclamait en se constituant que « le droit à l’organisation indépendante des travailleurs ne connaît pas de frontières ».

La HKCTU n’a eu de cesse de faire valoir que l’existence de syndicats dont se dotent les travailleurs se trouve renforcée par leur organisation collective au sein d’une confédération. Les militants syndicaux français de toutes confédérations qui participent à l’activité de la Commission Enquête Chine s’inscrivent dans la tradition du mouvement ouvrier français, qui a vu les syndicats, à la suite de leur reconnaissance par la loi de 1884, se constituer en confédération en 1895.

La HKCTU a toujours inscrit son action dans le cadre de la solidarité. En premier lieu avec ses frères et sœurs du continent, comme en témoignent les appels reproduits dans ce livre pour la défense des militants de la province du Guangdong. Mais également dans le cadre de la nécessaire solidarité internationale comme le rappelle Lee Cheukyan, son secrétaire général, dans sa lettre à la Confédération syndicale internationale (CSI). La Commission Enquête Chine n’a eu de cesse de mener des campagnes pour faire connaître la situation des militants emprisonnés, pour exiger leur libération. On pourra prendre ici connaissance de quelques-unes de ces initiatives.

Et comme pour toute organisation, il existe des traditions. Celle de la HKCTU avait pour nom « 4 juin ». Chaque année jusqu’à son interdiction par le pouvoir, un rassemblement d’hommage aux victimes de la répression de juin 1989 se tenait avec la HKCTU. La tradition de la Commission Enquête Chine est celle des banquets de solidarité, au cours desquels elle s‘honore d’accueillir chaque année à Paris des militants chinois de toutes tendances. Car le mouvement ouvrier est divers.

Ce livre est une rencontre.

Elle a eu lieu après la dissolution imposée à la HKCTU. Les militants qui voulaient assurer la continuité de son action ont constitué en exil à Londres le Hong Kong Labour Rights Monitor. Ils se sont fixés, entre autres tâches, de publier des documents sur l’histoire de la HKCTU. Nous nous sommes retrouvés à Paris pour étudier ensemble comment assurer les campagnes de solidarité. Une idée a rapidement émergé : faire connaître aux militants ouvriers, aux démocrates en France ces documents.

Ce livre est une rencontre, qui se nourrit d’une certitude : l’avenir est au combat ouvrier. Il est porteur de celui pour la démocratie. Comme l’affirme la déclaration de dissolution de la HKCTU : « Nous restons fidèles au sentiment que la volonté de résistance des travailleurs ne s’effacera pas. L’exploitation engendre les luttes. Peu importe à quoi ressemble le chemin qui nous attend, nous marcherons ensemble ».

Puisse ce livre renforcer la nécessaire solidarité internationale avec les travailleurs et militants de Hong Kong et du continent !

Hong Kong : le procès des 47 s’est ouvert début février

La Haute Cour de Hong Kong a entamé début février le procès des 47 militants qui auraient enfreint la loi de sécurité nationale et organisé une « tentative de subversion du pouvoir d’État ». Hong Kong Labour Rights Monitor, association animée par des militants de la HKCTU en exil, offre un résumé des premiers jours.

Résumé de l’exposé introductif de l’accusation

« L’ancienne présidente de l’Hospital Authority Employee Alliance (Ndlr : le syndicat des employés des hôpitaux publics), Winnie Yu, et l’ancienne présidente de la Confédération des syndicats de Hong Kong, Carol Ng, ont toutes deux été inculpées de “complot en vue de commettre un acte de subversion” avec 45 autres accusés pour leur participation à un scrutin primaire organisé en 2020 afin de sélectionner des candidats de l’opposition pour l’élection au Conseil législatif, et pour “complot en vue de subvertir le pouvoir d’État”.

Il s’agit des poursuites en vertu de la loi sur la sécurité nationale les plus médiatisées à ce jour. L’accusation de complot en vue de commettre un acte de subversion est passible d’une peine maximale d’emprisonnement à perpétuité, avec une peine minimale de dix ans pour les auteurs d’infractions graves.

Le scrutin de la primaire s’est tenu les 11 et 12 juillet 2020 et a enregistré un taux de participation de 590 000 votes électroniques et 20 000 votes sur papier. Sur les 74 candidats en lice, 31 des accusés ont gagné, dont Winnie Yu et Carol Ng. Les huit autres accusés ont perdu ce scrutin.

Dans son exposé introductif, l’accusation a déclaré que Winnie Yu et les 15 autres accusés ont conspiré à Hong Kong et avec d’autres pour subvertir le pouvoir d’État en forçant le gouvernement de la Région administrative spéciale de Hong Kong à dissoudre le Conseil législatif parce que les accusés mettaient un veto systématique au budget du gouvernement ou aux dépenses publiques. Cela a finalement conduit à la démission du chef de l’exécutif. L’objectif était donc de subvertir le pouvoir d’État. L’accusation a également affirmé que Winnie Yu et Carol Ng avaient signé une déclaration commune promettant de respecter le résultat du scrutin de la primaire.

Winnie Yu conteste les accusations

Winnie Yu Wai-Ming et 15 autres accusés sont décrits comme un « camp de résistance localiste » par l’accusation parce qu’ils ont continué à soutenir et à participer au scrutin primaire non officiel, même après avoir été avertis par le bureau de liaison du gouvernement de la République populaire de Chine et par un fonctionnaire du gouvernement de la Région administrative spéciale de Hong Kong en juillet 2020 que la participation au scrutin primaire était contraire à la loi sur la sécurité nationale.

L’accusation a également déclaré que Winnie Yu avait illustré dans un article l’importance de la “destruction mutuelle” du Conseil législatif de Hong Kong et de l’organisation de grèves à l’échelle de la ville pour parvenir à un blocage. L’accusation a également cité l’interview qu’elle a accordée aux médias en avril 2020, au cours de laquelle elle a fait part de la leçon qu’elle avait tirée de la précédente grève des travailleurs de la santé qu’elle avait organisée : le changement ne peut être obtenu que si le peuple renverse le gouvernement en place par tous les moyens. L’accusation a également indiqué que la police avait trouvé par la suite un document sur lequel était inscrit le slogan “Libérer Hong Kong, révolution de notre temps”. Ce slogan a été interdit à Hong Kong après l’adoption de la loi sur la sécurité nationale (Ndlr : adoption le 30 juin 2020).

Carol Ng observe le procès au tribunal

Carol Ng et les 30 autres accusés ont l’intention de plaider coupable dans ce procès monté de toutes pièces. Bien que Carol Ng ne soit pas tenue d’assister au procès, elle est restée au tribunal aujourd’hui pour en observer le déroulement. Le tribunal prononcera sa peine à l’issue du procès.


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