Lettre n°595-596, numéro double, 15 mars-1er avril 2023

Le Dr Jiang Yanyong est mort le 12 mars à 91 ans. Il avait révélé en 2003 l’épidémie de SRAS qui frappait Pékin, mais surtout, chirurgien et médecin chef d’un l’hôpital militaire, il avait dès 1990 demandé au Parti communiste de revoir son jugement sur les manifestations de 1989 et le massacre, puis à nouveau en 1998, 2004 et 2019. Il fut alors placé en résidence surveillée.

Numéro spécial « 24e Banquet de solidarité avec les travailleurs chinois »

À l’invitation de la Commission Enquête Chine, Christopher Mung, un des dirigeants en exil de la confédération syndicale de Hong Kong HKCTU aujourd’hui dissoute, était en France pour rencontrer des responsables syndicaux et, disait-il, des « syndicalistes de la base ». Il est arrivé à Paris à la veille de la grande manifestation contre la réforme des retraites le 7 mars. Il a manifesté au milieu des dirigeants de toutes les confédérations syndicales à l’invitation du secrétaire général de Force ouvrière. Nous présentons ici un compte rendu de voyage fait par notre invité à ses camarades de Hong Kong et du continent, puis les allocutions prononcées à ce banquet.

Une solidarité émouvante !

Un voyage au sein du mouvement ouvrier français

« La semaine dernière, j’ai été invité par la Commission Enquête Chine de France à prendre la parole lors de son banquet annuel de solidarité à Paris et j’ai pu rendre visite à différents syndicats locaux pour parler de la répression et des défis auxquels le mouvement ouvrier à Hong Kong est confronté. Le voyage était serré : je suis resté six jours et cinq nuits et j’ai échangé longuement avec des militants à trois reprises, fait deux discours et ai également donné deux interviews à des journaux.

La Commission Enquête Chine a été créée après la répression du 4 juin 1989. Cette année-là, l’association en faveur de la démocratie a mobilisé de nombreux amis du mouvement ouvrier français pour organiser la solidarité. Ses militants ont formé ensuite un groupe pour continuer à soutenir le mouvement démocratique chinois, notamment en soutenant de nombreux travailleurs chinois et militants partisans de la démocratie en exil en France. Depuis plus de trente ans, la Commission organise chaque année un « dîner de solidarité » avec des invités différents.

Il y a trois ans, Lee Cheuk-yan a pris la parole à l’occasion d’un de ces dîners de solidarité. J’ai dit aux participants du dîner de cette année que Lee Cheuk-yan était maintenant en prison et que j’étais ici pour leur faire état de la situation du mouvement ouvrier indépendant de Hong Kong, et cela me donne une grande responsabilité.

Au cours de ces quelques jours, j’ai pu rencontrer des militants syndicaux dans un département, des responsables Force ouvrière de la Fédération nationale des services publics et de la santé, de la Fédération de l’action sociale. Outre les explications que j’ai données de la situation du mouvement ouvrier à Hong Kong, j’ai beaucoup appris auprès d’eux sur les derniers développements du mouvement ouvrier français. Je fus encore davantage encouragé par Frédéric Souillot, le secrétaire général de Force ouvrière, qui, en réponse à l’analyse et aux informations que j’ai fournies, m’a assuré de son soutien.

Le bonheur d’être ensemble

Mon voyage en France a coïncidé avec le rassemblement du mouvement ouvrier français contre le recul de l’âge de la retraite, et j’ai également eu le privilège d’y participer en portant un panneau de manifestation qui disait « I Stand with French Workers » (Je soutiens les travailleurs français) pour leur exprimer un message de solidarité de la part de Hong Kong. C’était la première fois que je participais à une manifestation en France, un défilé massif de 700 000 personnes qui m’a rappelé les marches à Hong Kong.

Réfléchissez bien, cette lutte du mouvement ouvrier français est d’une grande importance. Ça mobilise tous les secteurs et toutes les organisations. Je veux redoubler d’efforts pour dire à tout le monde la vérité sur ce qui s’est passé à Hong Kong. Puisque je suis à l’étranger, au moins je peux encore faire cela pour tout le monde. »

24e Banquet. Présentation, par Alain Denizo (extraits) :

« (…) Ces derniers jours, nous avons passé beaucoup de temps à présenter notre invité au mouvement ouvrier en France, lors de réunions avec des syndicats et syndicalistes pour que soit exprimée réellement cette solidarité internationale des travailleurs. Et autant lors du précédent banquet j’avais regretté le peu d’empressement des dirigeants du mouvement syndical, notamment international, à condamner la dissolution de la HKCTU et à agir lors des condamnations de Lee Cheuk-yan et de ses camarades, autant nous pouvons espérer que les choses vont changer, en tout cas en France. Il faut s’en féliciter ! Vous avez peut-être vu les images de cet homme qui, en tête de manifestation, portait une pancarte avec ses mots peints à la main en anglais : je soutiens les travailleurs français. Il était aux côtés du secrétaire confédéral de Force ouvrière Frédéric Souillot, aux côtés de Philippe Martinez de la CGT, de Laurent Berger de la CFDT, de Benoit Teste de la FSU et de dirigeants de Solidaires.

Faire connaître le combat de nos frères chinois a donc franchi une étape, d’autant que plus de 200 livres « HKCTU, 31 ans de combat pour un syndicalisme ouvrier indépendant » ont déjà été commandés ou vendus dès leur sortie il y a quelques jours

Vous qui êtes des militants du mouvement ouvrier, des syndicalistes, vous pouvez, vous devez faire connaître ce livre et donc la confédération syndicale HKCTU, ainsi que le Hong Kong Labour Rights Monitor animé par notre invité.

Ainsi vous serez prêts pour les campagnes à venir car ces syndicalistes que vous voyez sur la banderole* vont être de nouveau jugés pour « tentative de subversion du pouvoir d’État » et hier matin, nous avons appris l’arrestation d’une organisatrice de la confédération Elisabeth Tang alors qu’elle rendait visite à son mari en prison, Lee Cheuk-yan. »

* On lisait sur la banderole « Libération des syndicalistes emprisonnés ! De Guangzhou à Hong Kong, vive la lutte des travailleurs chinois ! », avec les portraits de Carol Ng, Winnie Yu et Lee Cheuk-yan.

Allocution de Christopher Mung

Bonsoir, je veux vous remercier tous d’être venus ce soir, et particulièrement remercier la Commission Enquête Chine de m’avoir invité pour cet événement très important que je partage avec vous. On m’a fait une petite blague ce matin : on m’a dit si tu veux manger, il faut à tout prix que tu parles et il faudra que tu parles beaucoup pour manger beaucoup. En fait, comme j’ai déjà bien mangé, je vais me consacrer à l’essentiel (rires dans la salle).

Comme vous le savez, il y a deux ans à ce banquet, c’était mon camarade très proche Lee Cheuk-yan qui était là et qui est aujourd’hui en prison. Et il était de ma responsabilité d’être là ce soir pour poursuivre le combat de notre mouvement pour sa libération ; bref, de vous donner tous les éléments afin de pouvoir continuer la campagne sur toutes ces questions.

J’ai rejoint très jeune la confédération syndicale HKTCU, juste après la fin de mes études universitaires, et ça fait plus de vingt-six ans que je suis totalement engagé dans ce combat pour des syndicats indépendants et pour cette confédération, c’est l’engagement de toute ma vie. Malheureusement, comme vous le savez, la confédération des syndicats a dû se dissoudre à la suite des pressions du gouvernement. Mais il est clair que notre combat et la détermination sont toujours vivants. Comme notre dirigeant le disait, les graines ont été semées si largement et si profondément que ce combat ne peut qu’être repris par d’autres et poursuivi par les générations suivantes, et c’est pour ça que je suis tout à fait optimiste pour la bataille que nous menons, même si elle est très compliquée.

Notre confédération, la HKCTU, a été constituée il y a trente-trois ans et c’est la seule confédération indépendante, non seulement à Hong Kong mais, au-delà, dans toute la Chine. Car il faut savoir que les travailleurs chinois du continent n’ont pas de possibilité de s’organiser dans des syndicats indépendants : ils ne bénéficient pas de la liberté d’association.

La HKCTU n’a cessé de lutter pour les droits des travailleurs, mais s’est aussi engagée dans le mouvement pour les libertés démocratiques avec des organisations de la société civile. Nous sommes profondément convaincus que seule la démocratie peut apporter le respect de leurs droits et une véritable protection pour les travailleurs.

Et la HKCTU était aussi la seule organisation de travailleurs qui commémorait les victimes du massacre de Tiananmen en 1989, pour rappeler qu’il y a eu des martyrs en grand nombre ; et chaque année, nous mobilisions nos membres pour organiser la veillée aux bougies du 4 juin.

En 2019, pendant le mouvement contre la fameuse loi sur l’extradition, il y a eu aussi une grande grève politique soutenue par la HKCTU qui a rassemblé plus de 300 000 travailleurs. Ce fut la plus grande grève depuis le siècle dernier. Et c’est pour ça que notre confédération a été la cible du gouvernement chinois, parce qu’elle a donné une base populaire extrêmement large et extrêmement puissante au mouvement pour la démocratie.

Notre secrétaire général Lee Cheuk-yan avait déjà été jugé pour organisation de manifestation interdite et condamné à vingt mois de prison en 2020. Il a effectué cette peine de prison, pourtant il est toujours en prison au nom de la loi sur la sécurité nationale, et il attend un autre procès. La seule raison de son inculpation, c’est qu’il avait foi en son combat contre le régime de monopole de parti unique en Chine.

Et comme vous le voyez sur la banderole, les camarades Carol Ng et Winnie Yu sont en ce moment en procès et on attend le verdict pour fin juin. Winnie Yu, c’est la responsable du syndicat des travailleurs de la santé, Carol Ng est une autre dirigeante de la confédération syndicale. Cela fait plus de 700 jours qu’elles sont derrière les barreaux.

En ce qui concerne ce procès des 47, il y a une disposition de la loi sur la sécurité nationale qui fait que le procureur peut mettre en place un dispositif où il n’y a pas de jurés et c’est ce qui se passe aujourd’hui, ce procès ,se tient sans aucun juré. Ce qui est une négation des droits de la défense et effectivement on est très inquiet quant aux verdicts qui sortiront de ce procès.

Je suis convaincu que partout où il y a oppression il y a résistance. Il faut savoir que même si la confédération a dû prononcer sa dissolution, il y a, au niveau des entreprises et au niveau des branches professionnelles, des syndicats qui se sont maintenus et qui travaillent dur pour organiser et aider dans les conflits du travail, évidemment dans des conditions très compliquées et très difficiles, et, sans l’aide de la confédération, des associations aussi qui continuent d’informer les travailleurs, d’intervenir par les réseaux sociaux.

Le but du gouvernement chinois est d’isoler les organisations syndicales de Hong Kong, d’abord en ayant détruit notre confédération, mais aussi en empêchant les liens au niveau international. Dès qu’une organisation syndicale établit des liens avec l’international, elle peut être accusée de collusion avec des forces étrangères et accusée de mettre en danger la sécurité nationale, de menacer la souveraineté nationale. C’est ça qui est très grave. On veut les isoler, donc les rendre inefficaces.

Mais plus il y a de contrôle, plus il y a de pression, plus il y a aussi de résistance en face et il y a la contre-offensive de la classe ouvrière qui cherche à résister. Je voulais donc vous parler de la mobilisation des livreurs d’une entreprise qui s’appelle Foodpanda, qui à trois reprises sont arrivés à se mobiliser et ont organisé des rassemblements par les réseaux sociaux. Au départ, ils étaient 700, et puis ils furent plus de 1 500. Et ils ont organisé une grève.

Ils ont pu aller jusqu’à rencontrer les patrons et à ouvrir des négociations. Ils ont été aidés dans ce travail par des membres de notre organisation syndicale, qui en même temps les forment aux acquis du mouvement ouvrier. Bien que la confédération ait été dissoute, on voit que tant qu’il y a une détermination qui vient d’en bas, des travailleurs, on trouve les moyens pour s’organiser et pour résister. Et nous aidons, avec ce qui nous reste de l’organisation syndicale, à ce processus.

Même si nous restons très optimistes, il est très difficile de prédire l’avenir et de savoir à quel moment il pourrait y avoir un tournant décisif. Rappelons-nous 2014 et le mouvement des Parapluies, qui aurait pu prédire que cinq ans plus tard surgiraient les grandes mobilisations de 2019 ? Personne. Donc tout reste ouvert et nous sommes confiants que des mobilisations massives changeront la situation autoritaire actuelle.

Nous avons vu à la fin de l’année dernière la puissance de la mobilisation des « feuilles de papier blanc » dans les villes de Chine continentale contre la politique zéro Covid de Xi Jinping, et ça a été la plus grande mobilisation depuis les mobilisations de Tiananmen. Le mouvement de « papier blanc » n’a pas immédiatement apporté de démocratie. Mais il a donné du pouvoir aux gens pour les luttes. On a vu de plus en plus de collectivités organisées par les gens ordinaires en Chine. Et nous voyons que Xi Jinping a été obligé de reculer et de changer de politique sur le Covid. Et même s’il recule, on est loin d’avoir gagné toute la démocratie, évidemment, mais ça montre la puissance, la force du mouvement, quand elle arrive à s’organiser et ce qu’elle peut imposer ; elle peut changer les politiques, c’est dans cette voie qu’il faut continuer.

En conclusion, je reprendrai les mots de notre camarade Lee Cheuk-yan, qui est en prison : malgré les reculs, j’ai confiance que nos valeurs universelles de liberté, de droits de l’homme et démocratie pour lesquels nous nous sommes battus gagneront un jour à Hong Kong et dans l’ensemble de la Chine. Et ce jour nous réconfortera et récompensera tout ce que nous avons sacrifié pour nos idées. Et tout cela est devant nous. Merci !

La parole à Olivier Doriane

D’abord, en votre nom à tous, bien sûr, je voudrais remercier Christopher. Lorsque nous lui avons fait la proposition de venir ici, nous avons réfléchi à la manière de faire connaître son combat dans le mouvement ouvrier français. Il vient de rappeler que le camarade Lee Cheuk-yan fut l’invité de notre avant-dernier banquet. Si vous regardez le dossier que nous vous avons donné, vous y trouverez une lettre d’Apo Leong qui est actuellement à Hong Kong et qui rappelle qu’il a été un de nos invités il y a vingt ans.

En discutant à table avec l’ami Cai Chongguo, on se rappelait le premier banquet que nous avions fait ensemble en janvier 1990. Il venait de fuir après la répression de juin 1989 et comme il le dit, à l’époque il ne parlait pas bien français, mais il s’est bien rattrapé. Marie Holzman rappelait qu’elle avait un doute pour savoir si elle était là dès 1990 ou bien en 1991. Vous connaissez Marie qui est une infatigable combattante des libertés démocratiques et je me fais la réflexion en écoutant les camarades que nos banquets sont une continuité qui est fondée sur le fait que nous sommes profondément convaincus que l’exploitation mène obligatoirement à la résistance et à l’organisation, comme vient de le dire Christopher. Le mouvement ouvrier en se constituant défend la démocratie. C’est profondément vrai. C’est d’ailleurs inscrit dans le nom même de notre commission, Commission du mouvement ouvrier et démocratique contre la répression en Chine. La démocratie, c’est aussi le compte rendu du mandat et je voudrais rendre compte du mandat devant vous. Alain en a exposé une partie. Avec nos petits moyens, avec la Lettre d’information Chine, avec nos repas annuels, avec nos campagnes, nous nous efforçons depuis des dizaines d’années de poser dans le mouvement ouvrier la question de la défense des travailleurs chinois. Alain l’a dit avant moi, nous sommes de ceux qui avons parfois regretté que les sommets du mouvement ouvrier ne mettent pas tout leur poids dans le soutien aux travailleurs chinois. Il y a peut-être à cela des raisons diplomatiques, mais, pour notre part, nous ne sommes pas dépendants de ces combinaisons. Lee Cheuk-yan était le dirigeant d’une organisation de 100 000 membres, membre de la Confédération syndicale internationale, la CSI. Lee était dans les directions internationales de la CSI et le moins que l’on puisse dire, c’est que la réponse du mouvement ouvrier mondial à son emprisonnement a été malheureusement, à mon avis, limitée.

Mais, cette semaine, le fait que Christopher ait manifesté en tête de la manifestation du 7 mars à Paris, avec les 3,5 millions de travailleurs de ce pays, au milieu de tous les secrétaires généraux des confédérations, couronne notre action modeste mais inlassable pour insérer dans le mouvement ouvrier français la défense des travailleurs chinois.

Je crois que nous devions vous en rendre compte. Compte rendu de mandat encore : l’année dernière, dans cette même salle, nous avions vu et entendu sur écrans des camarades nous parlant en direct du Guangdong et de Belgique. Ils nous avaient fait la proposition de constituer un comité de rédaction pour rassembler dans une brochure des documents sur le mouvement ouvrier chinois renaissant.

Nous avons respecté le mandat : nous vous avions demandé votre soutien, notamment financier et en fait nous avons fait plus ! Quand le comité de rédaction s’est réuni régulièrement, il a estimé devoir d’entreprendre la publication d’un bulletin. Nous ne savions pas si l’affaire était tenable. Nous avons donc fait un bulletin numéro 0 en anglais et en chinois. Et après ce premier numéro, nous nous sommes posé la question : est-ce qu’il faut continuer ? Et au vu des réactions et des demandes dans le mouvement ouvrier chinois ou plus exactement parmi les réseaux en Chine, nos camarades ont dit : il faut continuer. Nous avons donc poursuivi, nous avons été amenés à publier plusieurs numéros de ce bulletin qui circule actuellement en Chine, reçoit des contributions et qui a été amené par la force des choses, comme tout organe de presse, à se constituer avec un point de vue. Autour du journal, nous avons été amenés à prendre position sur les événements.

Les camarades ont par exemple, dans une déclaration diffusée au nom du bulletin, salué les manifestations des travailleurs et de la jeunesse fin novembre-début décembre, faisant bouger ce qui semblait inébranlable : la politique du Parti communiste chinois. Ils ont salué le fait que L’internationale était chantée dans ces manifestations. Et dans ce bulletin, il y a bien évidemment un débat.

Et nous qui sommes partisans de la démocratie – vous le savez, dans notre commission, nous ne partageons pas tous les mêmes points de vue, et c’est normal –, il n’y a donc pas un point de vue unique qui peut s’imposer. Il y eut alors un débat sur comment faire face aux menaces de guerre contre la Chine, et cela était peut-être encore plus compliqué pour des militants en Chine que pour nous. Comment à la fois alerter et s’opposer aux menaces de guerre bien réelles, qui seraient une tragédie pour le peuple chinois, sans être dépendant du discours du Parti communiste chinois et de leurs dirigeants ? Les camarades ont discuté entre eux et ont trouvé les formulations permettant de dire notre opposition à la guerre en toute indépendance.

Aujourd’hui, ces militants discutent avec des militants des Philippines, de Corée, du Japon de Taïwan, oui, de Taïwan, d’Australie pour voir s’il est possible d’avoir une expression commune des travailleurs de tous ces pays pour dire : ce sont les travailleurs librement organisés qui peuvent s’opposer aux menaces de guerre et en aucun cas des interventions étrangères qui, comme malheureusement l’histoire nous l’a appris, aboutissent partout à de nouvelles tragédies. Alors, c’est un dialogue difficile du point de vue des conditions matérielles. Vos contributions nous ont beaucoup aidés et je crois que nous allons continuer.

Je voudrais conclure par un message personnel du camarade Apo Leong, qui a fait beaucoup pour la cause du mouvement ouvrier chinois et du mouvement ouvrier en Asie. Il était un des dirigeants d’une organisation qui s’appelle l’AMRC, l’Asia Monitor Resource Centre, une ONG qui visait à relier des organisations ou à faire des travaux de recherche sur les combats ouvriers dans les différents pays d’Asie. Elisabeth Tang, qui a été arrêtée hier pour avoir rendu visite à son mari en prison, l’a été comme militante syndicale. Dans les charges de l’accusation contre elle, il y a sa qualité de membre du conseil d’administration de l’AMRC, dans lequel Apo Leong a joué un rôle important de direction. Il est donc certain que, dans la prochaine période, nous allons devoir à nouveau mener des campagnes pour défendre nos camarades contre les procès, contre les condamnations à la prison. Nous le ferons responsablement en accord avec nos camarades et pour s’y préparer une des manières est de se pencher sur le livre qui raconte l’histoire de la HKCTU et de ses 31 années de combat ouvrier. Il a été édité à 1 000 exemplaires et je suis persuadé que dans nos syndicats, dans nos organisations, nous allons le vendre et faire connaître le combat de nos camarades, car nous avons la conviction que ce combat ne s’arrêtera pas. Je vous remercie.

La parole à Cai Chongguo

Militant chinois en exil depuis la répression de juin 1989, interdit de retour dans son pays sauf à déclarer qu’il s’est livré à des « activités contre-révolutionnaires »

Ces banquets sont uniques ! Ça fait quand même trente-trois ans qu’ils existent. J’ai des amis partout, dans le monde entier et c’est pour ça que je peux vous dire que c’est unique dans le monde, ces syndicalistes, ces Français qui sont réunis tous les ans pour soutenir le mouvement démocratique, pour soutenir le mouvement syndical indépendant en Chine, à Hong Kong.

Oui, je sais bien que tous les syndicats, comme l’AFL-CIO, la CGT ici, etc. ont des sections internationales, mais ils s’occupent de la Chine de manière ponctuelle, ou bien ils font une déclaration une ou deux fois par an. Mais vous, Olivier, Alain Denizo, ça fait plus de trente ans que vous organisez ce repas. En fait, ce repas, c’est très symbolique, ça symbolise un combat incessant, ça symbolise l’action concrète.

C’est vous qui faites le bulletin d’information depuis trente ans sur le mouvement ouvrier en Chine. C’est unique ! Et puis vous faites tout pour établir le lien entre le monde international et les Chinois en Chine. C’est avec vous à l’époque qu’on a préparé, avec les autres, votre voyage en Chine. Là, c’est le banquet qui symbolise tout ce combat, l’action depuis trente ans.

On n’est pas simplement là pour manger, on parle ici. Et personnellement, ce que vient de raconter mon camarade de Hong Kong, je l’ai appris grâce à vous, même le français ! Mes amis chinois me disent : comment tu apprends le français en France ? Sortir avec des copines pour parler français, je dis, ouais, mais ça ne suffit pas. « Bonjour, tu as mangé, tu as bien dormi ? » Ce langage familier, ça ne suffit pas.

Il faut s’engager, il faut travailler avec les syndicalistes, il faut travailler avec l’association, il faut discuter de ce qui se passe dans l’histoire d’un pays, de la France, des États-Unis, de la Chine, discuter de la situation sociale et économique en Chine. Il faut s’intéresser, tout le monde s’intéresse à ce qui se passe, sinon tu n’arriveras pas à apprendre une langue si riche.

Oui, c’est-à-dire que le français, langue étrangère, maintenant c’est ma deuxième langue, une langue maternelle, ça m’a ouvert une fenêtre pour voir le monde. Voilà, c’est la raison pour laquelle je suis là avec vous, toujours !

Alors, qu’est-ce qui se passe en Chine ? Oui, c’est la répression en Chine, c’est la répression à Hong Kong. C’est ce que mon camarade a dit, et j’ai été ému aujourd’hui avec lui, grâce à vous aussi, parce que la femme de Lee Cheuk-yan a été arrêtée hier. Oui, ce sont des militants, ils sont dirigeants des mouvements syndicaux en Chine, mais c’est personnel aussi, ce sont mes amis.

Ça fait presque trente ans que je m’engage, mais quand j’étais en Chine, j’avais déjà travaillé avec les syndicats, avec les ouvriers, mais ça fait trente ans que je travaille avec China Labour Bulletin, engagé avec le mouvement ouvrier, etc. J’étais avec Lee Cheuk-yan et sa femme dans des conférences internationales, plusieurs fois à Hong Kong, on discutait, on était vraiment très bons amis.

C’est une femme extraordinaire. Elle est jolie, elle est vivante. Elle est vraiment cool. Elle chante tellement bien, c’est rare, l’opéra cantonnais traditionnel. Chaque fois, au congrès du syndicat, elle chante vraiment mieux qu’une actrice professionnelle. J’étais vraiment étonné parce que cette tradition est mal préservée en Chine. Et voilà qu’elle a été arrêtée, ça m’a fait vraiment de la peine.

Oui, mais quand même, les choses bougent. En Chine, récemment, ma ville, c’est Wuhan, c’est la plus célèbre ville au monde aujourd’hui. La plus célèbre épidémie a éclaté dans l’hôpital où je suis né ! Récemment, il y a eu une grande manifestation des ouvriers à la retraite. Oui, c’est en Chine que le gouvernement a fait aussi une réforme du système de retraite. Là, il y a deux semaines, il y a des centaines, des milliers d’ouvriers, de gens à la retraite. Ils ont manifesté dans ma ville, à Shanghai aussi, et dans d’autres villes.

Maintenant, c’est vraiment concret, l’Assemblée populaire est en réunion, il y a vraiment des policiers partout, surtout les gens, les ouvriers, les fonctionnaires à la retraite sont très surveillés en ce moment. Sans parler des manifestations du mois de novembre dernier, des jeunes, des Chinois dans plusieurs villes qui ont manifesté contre la politique de zéro-Covid.

Oui, il y avait des manifestations de jeunes Chinois partout dans le monde en novembre dernier. C’est quand même très important parce que, depuis les années 90, le sentiment nationaliste se propage dans le monde entier, surtout dans la communauté chinoise, il y a beaucoup de jeunes Chinois qui étaient vraiment épris de nationalisme.

Alors, c’est vraiment cette fois-ci qu’on est réveillé.

Voilà, c’est l’esprit de résistance qui persiste. Voilà, les choses bougent. Et puis, surtout, ce sont le salarié, l’ouvrier chinois, le jeune, l’ouvrier migrant qui sont les premières victimes de la pandémie. Dans tellement de pays, les usines ont fermé, et puis l’inflation, et puis tellement de chômage. Le travail est extrêmement précaire. Maintenant, c’est une sorte de système, c’est quoi en Chine ? C’est on travaille un jour, on paye un jour. Il n’y a pas de contrat. C’est la précarité à l’extrême. On travaille un jour, une semaine, on paye un jour, une semaine. Sans cotisation, de rien. Et puis, c’est vraiment le problème du chômage.

Avant, le gouvernement local, le budget du gouvernement local dépendait largement de l’immobilier. Maintenant, le marché de l’immobilier chute, alors le gouvernement local, le gouvernement central aussi n’ont plus d’argent.

C’est la raison pour laquelle il a fait des réformes sur le système de retraite, de sécurité sociale. C’est-à-dire qu’on paye plus de cotisations, et beaucoup moins de remboursement de soins. C’est une des raisons pour lesquelles on a manifesté dans la rue. Voilà, ce qu’est la situation en Chine.

Dans ces conditions-là, le soutien international, surtout, votre soutien, est particulièrement important. J’ai déjà envoyé des photos de ce soir à mes amis à Hong Kong, en Chine, je leur ai déjà parlé, et je parlerai avec mes amis chinois, partout, parce que maintenant, je fais un séminaire, une fois par semaine, en ligne, pour les étudiants chinois dans le monde entier. Je parle de questions politiques, de l’histoire de la Chine, de philosophie, etc. Je parlerai de vous aussi.

Merci encore une fois !


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