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Fermé ! Le musée de la Culture et de l’Art des travailleurs migrants à Pékin était le seul musée fondé par des travailleurs migrants eux-mêmes. Depuis son ouverture officielle le 1er mai 2008, il était ouvert gratuitement au public tous les jours et avait reçu plus de 50 000 visiteurs.
Éditorial
Dans la nuit du 3 au 4 juin 1989, le pouvoir, sous la direction du Parti communiste chinois (PCC), décida de lancer l’armée à l’assaut de la place Tian Anmen à Pékin, une place qui était devenue le symbole d’une irruption sur la scène politique de la jeunesse, puis des travailleurs dans tout le pays pendant un mois et demi malgré l’instauration de la loi martiale. Ce fut un massacre. Le pouvoir avait vacillé, des organisations syndicales indépendantes étaient nées, les gros bataillons de la classe ouvrière allaient entrer en scène… Une journaliste se souvient que même la nuit du massacre on chantait L’Internationale : « Nous étions dans la ligne qui faisait face aux troupes. Elles se trouvaient à environ 250 mètres. Des jeunes gens chantaient L’Internationale sur fond de coups de feu ». Citant cette journaliste, le site China Change (5 mars) semble s’inquiéter qu’on chante encore cet « hymne communiste ».
Qui chante ? Pas le PCC ! Outre des interdictions officiellement prononcées, on lit sur le réseau social WeChat cette mise en garde d’un officiel : « Jouer L’Internationale pour inciter les gens et provoquer des troubles n’est pas seulement illégal, vous pourriez commettre un crime. Vous devez être conscient du contexte dans lequel vous jouez la chanson : qui la joue, où vous la jouez. L’Internationale n’est pas un laissez-passer pour troubler l’ordre public ».
Mais, au cours des manifestations contre la politique anti-Covid répressive du gouvernement, le 26 novembre, à Shanghai, on chantait : « Ce soir-là, à Urumqi Middle Road, les manifestants ont chanté L’Internationale face aux policiers qui formaient un mur devant eux. La nuit suivante, une scène similaire s’est répétée au pont Liangma. La zone était envahie de plusieurs centaines de manifestants. La plupart des jeunes brandissaient des feuilles blanches de format A4 en chantant L’Internationale. » En février dernier, des retraités de Wuhan et de Dalian ont manifesté en masse devant des bâtiments officiels pour protester contre la réduction des prestations de soins de santé. Et « ils ont chanté bruyamment L’Internationale ». Voilà ce que rétorquaient ces jeunes et ces retraités aux censeurs et usurpateurs…
Le chant des exploités et des opprimés, voilà ce qu’une jeune femme en dit : si L’Internationale jouit d’une telle popularité, c’est qu’elle « exprime les espoirs et les voix de tant de gens de la classe ouvrière et leur mécontentement à l’égard des capitalistes ». Ne seraient-ils pas en droit de chanter cet hymne, leur hymne, ces exploités des géants des plates-formes Internet ? « Le marché du travail est particulièrement rude en Chine pour les 16-24 ans, qui subissent un taux de chômage de 20,4 %. De nombreux jeunes diplômés se tournent vers le travail précaire et ce qu’on appelle les “nouveaux types d’emploi” : la livraison, la restauration, le transport en VTC », remarquait « Courrier International » (17 mai).
« Les nouveaux types d’emploi », voilà bien un euphémisme qui estompe la réalité de la surexploitation. Or il ne s’agit pas d’un phénomène marginal : un rapport publié en mars par le syndicat officiel ACFTU dénombrait environ 84 millions de ces travailleurs sans véritable statut, englobant coursiers, livreurs, chauffeurs de camion, de covoiturage et autres employés au service de plates-formes Internet.
Baratin… « Le Quotidien du peuple » (10 mai) rappelait qu’en juillet 2021 « les autorités de régulation ont ordonné aux plates-formes en ligne de veiller que les livreurs de repas gagnent plus que le salaire minimum du pays, soient libérés des exigences déraisonnables imposées par les algorithmes, et aient accès à la sécurité sociale et à une place dans un syndicat, ce qui risque de porter un coup financier à Meituan et à d’autres grands fournisseurs de services à la demande dans le pays ». Résultat au bout de deux ans ? Il faut de nouvelles lignes directrices « pour protéger les droits fondamentaux du travail pour les livreurs, y compris un revenu de base, la sécurité au travail, la sécurité alimentaire, un environnement de travail décent et l’accès à une protection d’assurance ». Et les livreurs et autres coursiers travaillent-ils selon la réglementation des lois du travail ? Non ! Gagner plus que le salaire minimum, c’est possible au prix de dix ou douze heures de travail ou plus. Quant à la couverture de la sécurité sociale… l’algorithme n’est pas construit par Meituan et autres pour la sécurité ou la santé du livreur, mais pour maximiser les profits de ces plates-formes.
« Une place dans un syndicat » ? C’est ce que préconisaient les avis directeurs de huit ministères et commissions en 2021. « En 2021, des contrats collectifs ont été signés entre des affiliés du syndicat officiel et des représentants de la direction du secteur professionnel dans quelques rares villes », relevait l’association China Labour Bulletin en novembre 2022. Mais les livreurs ne sont ni consultés ni informés quand un rare accord est négocié. Et l’ACFTU, le seul syndicat autorisé, prétend s’occuper de ces travailleurs depuis 2019 !
Bien sûr, le lecteur connaît ces situations où, comme le dit China Labour Bulletin « le syndicat local pourrait intervenir et négocier pour s’assurer que les employeurs respectent la loi et impliquer les gouvernements locaux dans la recherche d’une solution », mais comme dans la récente grève chez Santis Substrates à Guangzhou, le syndicat ne devait agir que « comme un pont et un lien entre le parti et les masses ».
Rien d’étonnant donc que les travailleurs comptent d’abord sur leurs propres forces pour défendre leurs intérêts, avec une multiplication des grèves depuis le début de l’année pour le versement des arriérés de salaires ou contre les délocalisations et licenciements (165 grèves recensées par China Labour Bulletin en mai !). Dans une situation d’incertitude pour les jeunes diplômés et pour les travailleurs licenciés qui ne trouvent pas de travail, nul ne sait ce qui peut survenir. Et le pouvoir s’en inquiète : l’anxiété et la déception ressenties par les étudiants et diffusées par les médias sociaux pourraient « affecter la confiance de l’ensemble de la société », écrit le Centre de recherche sur le développement, un centre gouvernemental…
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Les grèves se multiplient dans les usines chinoises
après la fin des règles Covid
Extraits du quotidien britannique « The Guardian » (21 mai)
« (…) Cette année, la Chine a déjà connu au moins 130 grèves ouvrières dans les usines, soit plus que le triple de l’année 2022, selon les données compilées par China Labour Bulletin (CLB), une organisation non gouvernementale basée à Hong Kong. La base de données de CLB est loin d’être exhaustive – d’après ses propres estimations, elle recense environ de 5 à 10 % de tous les incidents liés à des actions collectives en Chine. (…)
Pour la plupart des grèves, la cause première est la rémunération. Bien que l’économie chinoise se remette peu à peu des coups reçus pendant trois années de mesures strictes de lutte contre le Covid, les usines sont toujours en proie à des difficultés. Et la dégradation des relations politiques entre les États-Unis et la Chine commence à se faire sentir dans l’économie. Selon une enquête mensuelle menée par le gouvernement auprès de 3 000 usines, les 13 indicateurs de l’activité économique – y compris les nouvelles commandes et les prix – ont reculé en avril.
En raison de la pénurie de finances, de nombreuses usines ont décidé de ne pas payer les travailleurs, de les payer en retard ou de trouver des moyens de les licencier sans leur verser d’indemnités de départ, par exemple en les délocalisant dans un endroit où il leur est impossible de se rendre pour trouver un emploi. (…)
La Chine a beau être un État autoritaire, les protestations contre les patrons y sont monnaie courante. Bien que leur nombre ait diminué pendant la pandémie, de petits incidents isolés portant sur des questions spécifiques – généralement le non-paiement des salaires – sont omniprésents dans les usines et sur les chantiers de construction qui font tourner l’économie du pays, et du monde entier.
Le paradoxe au cœur du régime communiste, c’est que le parti des ouvriers ne tolère pas les syndicats indépendants. “Tous les travailleurs chinois ont le droit d’adhérer à un syndicat, mais celui-ci doit être affilié à la Fédération chinoise des syndicats (ACFTU), un organisme gouvernemental. Il en résulte une “confiance nulle” entre les travailleurs et les syndicats”, a déclaré M. Friedman [Ndlr : sinologue américain]. L’ACFTU est, ajoute-t-il, un “facteur qui ne joue aucun rôle dans la vie des gens”.
(…) Moins de la moitié des travailleurs migrants – les personnes qui s’installent dans les villes pour occuper des emplois mal rémunérés dans les usines et le secteur de la construction – disposent de contrats de travail écrits auxquels ils ont pourtant droit. Un autre groupe de travailleurs qui souffre de l’absence de contrats formels est celui des travailleurs de l’économie parallèle.
En avril, des centaines de livreurs de Meituan, l’une des deux principales plates-formes de livraison de nourriture en Chine, se sont mis en grève à Shanwei, une ville de la province du Guangdong, parce qu’ils étaient mal payés et contraints de conduire dans des conditions dangereuses en raison des pluies diluviennes. L’action a surpris par le nombre de travailleurs qu’elle a permis d’organiser et par le fait qu’elle a reçu le soutien de livreurs de tout le pays, ainsi que de consommateurs. (…) »
Commémorer le 4 juin :
« Le régime veut que vous oubliiez, mais vous ne pouvez pas oublier… »
« La police de Hong Kong a interpellé 23 personnes le 4 juin pour “atteinte à l’ordre public” alors que les autorités avaient renforcé la sécurité pour le 34e anniversaire de la répression de la place Tiananmen en 1989. Près de Victoria Park, où se déroulaient auparavant des veillées annuelles, des centaines de policiers ont mené des opérations d’interpellation et de fouille, et ont déployé des véhicules blindés et des fourgonnettes de police », écrit l’agence Reuters (4 juin).La police a arrêté certains pour « intention séditieuse » et d’autres pour « atteinte à la paix publique ». L’arbitraire absolu ! En prison, Chow Hang-tung, l’avocate qui participait à l’organisation des veillées du 4 juin, a décidé d’entamer une grève de la faim de 34 heures. Les Mères de Tiananmen ont déclaré : « Bien que trente-quatre années se soient écoulées, pour nous, membres des familles des personnes tuées, la douleur d’avoir perdu nos proches en cette seule nuit nous tourmente encore aujourd’hui. »
Pour maintenir l’ordre à Hong Kong, rappelons que le 30 juin 2020 un peu avant minuit, Pékin a fait passer en force la loi sur la sécurité nationale, intégrée à la mini-Constitution de Hong Kong. Elle criminalise la subversion, la sécession, la collusion avec des forces étrangères et les actes terroristes, qui sont définis au sens large. Quant à la sédition, elle relève d’une loi datant de l’époque coloniale. Pour les affaires de sécurité nationale, policiers et juges sont triés sur le volet.
Les jeunes et l’emploi
Le chercheur Wang Mingyuan a rédigé une analyse sombre de la situation du chômage des jeunes et affirme que cela va s’aggraver. Wang écrit que « la période qui s’étend d’aujourd’hui à 2030 sera la plus difficile pour l’emploi depuis le début de la réforme et de l’ouverture », rapporte le site Sinocism (2 juin). Quelques extraits :
La différence entre l’augmentation annuelle du nombre d’emplois et le nombre de diplômés entre 2020 et 2023 est respectivement de – 2,49 millions, – 2,20 millions, – 4,49 millions et – 5,82 millions. Cela signifie que plus de 15 millions de nouveaux diplômés de ces années n’ont pas pu trouver d’emploi cette année-là. Bien entendu, il n’est pas exclu qu’une grande partie d’entre eux aient fini par résoudre leurs problèmes d’emploi après un certain temps.
Au cours des trois dernières années, le nombre moyen de salariés dans les entreprises cotées en Bourse a diminué de 11,9 %. L’année dernière, le taux de radiation des entreprises a été d’environ 10 %, ce qui signifie qu’environ 10 % des employés ont été confrontés à des licenciements ou à des problèmes de chômage. Cela représente environ 21 millions de jeunes.
En outre, depuis le début de la pandémie, plus de 8 millions de jeunes travailleurs migrants sont rentrés chez eux pour cause de chômage. Le nombre cumulé de jeunes chômeurs (âgés de 16 à 40 ans) au cours des trois dernières années s’élève à environ 54 millions. Bien entendu, une grande partie d’entre eux ont depuis retrouvé un emploi ou se sont engagés dans des emplois flexibles.
Avec l’augmentation des candidats à l’entrée à l’université et des admissions de diplômés, le nombre de diplômés en Chine augmentera de 3 millions d’ici à 2025 par rapport à 2022, pour atteindre un total de près de 20 millions. La situation de l’emploi deviendra encore plus grave.
Salaires. Les données publiées par le Bureau national des statistiques le 9 mai montrent que le salaire annuel moyen en 2022 des employés urbains dans les entreprises non privées était de 114 000 yuans (environ 15 000 euros), soit une augmentation de 6,7 % par rapport à 2021, 4,6 % en réalité si on exclut les facteurs prix. Le salaire annuel moyen des employés des entreprises urbaines privées n’était que de 65 000 yuans, soit une augmentation de 3,7 % par rapport à 2021, de seulement 1,7 % après exclusion des facteurs de prix… Le salaire du privé ne représenterait donc que 57 % de celui du « public », selon ces chiffres officiels ! Et c’est dans les technologies de l’information que l’on trouve les plus hauts salaires.
Licenciements. Alibaba, le géant des technologies (et des emplois de livraison…), va supprimer 7 % du personnel de son unité d’informatique dématérialisée (revue « Caixin », 26 mai). Lenovo, le plus grand fabricant de PC au monde, a annoncé qu’il avait supprimé 8 à 9 % de ses effectifs pour réduire ses coûts (agence Reuters, 27 mai).
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