Lettre n°602, 1er juillet 2023

Lu/Vu

Le dilemme des livreurs de repas à Shanghai : la plaque avec puce et QR code obligatoire sur les scooters vous condamne à une amende soit par le bureau de la circulation pour conduite dangereuse, soit par la plate-forme pour retard de livraison.

Editorial

Infâme avis de recherche ! La répression du pouvoir à Hong Kong a franchi un nouveau cran : le 4 juillet, l’ancien chef de la police devenu chef de l’exécutif de Hong Kong, John Lee, a lancé une sorte de mandat d’arrêt international à l’encontre du syndicaliste en exil Christopher Mung ainsi que contre sept autres militants aux opinions diverses. « Le seul moyen de mettre fin à leur destin de fugitifs, d’éviter d’être pourchassés toute leur vie est de se rendre », a déclaré le représentant du pouvoir chinois. Il a ajouté que, dans le cas contraire, ils vivraient « dans la peur ». Ils sont tous accusés d’infractions graves en matière de sécurité nationale, par exemple de collusion avec des forces étrangères et d’incitation à la sécession, accusations qui peuvent les faire condamner à la prison à vie.

« S’ils ne reviennent pas, nous ne pourrons pas les arrêter, c’est un fait. Mais nous ne cesserons pas de les poursuivre », a expliqué la police Hong Kong. Une récompense de 1 million de HK dollars, soit 117 000 euros, est même promise à quiconque fournira des informations sur l’endroit où ils se trouvent « menant à leur arrestation ou à des poursuites ». Les avoirs des accusés seront gelés dans la mesure du possible et la police a demandé au public de ne pas les soutenir financièrement.

Quel est donc le « crime » du syndicaliste Christopher Mung ? Depuis son exil, il continue à soutenir les travailleurs en lutte pour leurs droits, cela alors que les grèves ouvrières se multiplient en Chine continentale. Il fut, rappelons-le, un des dirigeants de la HKCTU, la confédération syndicale indépendante du pouvoir hier contrainte à la dissolution. Ses camarades Lee Cheuk-yan, Carol Ng et Winnie Yu, tous trois dirigeants syndicaux, sont en prison depuis plus de deux ans à Hong Kong pour différents appels à manifester pacifiquement en 2019 et 2020.

Que dit Christopher Mung lorsque nous lui demandons les raisons de cette escalade dans la répression ? « J’ai constamment travaillé depuis l’étranger, avec mes collègues du Hong Kong Labour Rights Monitor (HKLRM), à favoriser le contact avec le mouvement syndical international et la communauté internationale afin de soutenir le mouvement syndical de Hong Kong qui subit des attaques sur le terrain. Aujourd’hui, l’intention des autorités est de me réduire au silence ainsi que les autres militants ouvriers de Hong Kong à l’étranger, dans le but d’isoler davantage des préoccupations et des soutiens extérieurs les militants ouvriers et les syndicalistes restés sur le terrain ».

Loin de se taire, il appelle à poursuivre le combat dans une déclaration de HKLRM : « Je ne cesserai pas de défendre les droits des travailleurs de Hong Kong, notamment en travaillant avec des organisations internationales et des syndicats dans différents pays. Le Hong Kong Labour Rights Monitor et moi-même serons toujours aux côtés de Hong Kong. Nous marchons côte à côte avec le peuple de Hong Kong. Notre conviction est plus forte que jamais. Nous continuerons à défendre les travailleurs de Hong Kong et à faire entendre leur voix dans le monde entier ».

De fait, il défilait le 10 mars dernier à Paris en première ligne d’une manifestation contre la réforme des retraites aux côtés des secrétaires généraux de toutes les confédérations syndicales françaises, avant de participer au 24e banquet de solidarité que la Commission Enquête Chine avait organisé en son honneur. Et le 29 juin, il était reçu par FO, la CGT et la CFDT en présence d’une représentante de la Confédération syndicale internationale (CSI) à la Bourse du travail à Paris pour exposer dans le détail les conséquences de la répression, notamment de la loi sur la sécurité nationale.

Rude assaut. Au moment où la HKCTU s’est vue contrainte à la dissolution, nous écrivions : « C’est un rude assaut contre le mouvement ouvrier chinois qui est mené par le pouvoir, car le droit de grève et la liberté d’association, le droit de constituer des syndicats indépendants du pouvoir sont désormais ouvertement remis en question à Hong Kong. Le Parti communiste va tenter de faire table rase de ces droits comme il l’a fait en Chine continentale. Forcer la HKCTU à disparaître du paysage, c’est aussi tenter de faire oublier le massacre de Tian Anmen en juin 1989, à la commémoration duquel la HKCTU participait chaque année lors de cette veillée aux chandelles. En étranglant les syndicats et organisations de Hong Kong qui avaient pris fait et cause pour la défense des ouvriers grévistes sur le continent, de Honda ou de Jasic, pour la défense des militants ouvriers chinois emprisonnés, le pouvoir espère en finir avec un facteur d’instabilité sociale ».

Mais la déclaration de dissolution de la HKCTU insistait : « La fin de la HKCTU est un coup dur pour le mouvement ouvrier indépendant. Néanmoins, nous sommes persuadés que le pouvoir de résistance des travailleurs ne s’effacera pas. Les contradictions amènent l’opposition. L’exploitation conduit au combat. » Et les grèves des livreurs de Foodpanda à Hong Kong comme dans le reste de la Chine, tout comme la vague incessante de grèves ouvrières ne font que le confirmer.

A nouveau nous affirmons qu’il est du devoir impérieux des dirigeants de mouvement ouvrier international, en particulier syndical, de condamner avec force cette infâme initiative policière du gouvernement de Hong Kong, d’assurer la protection des militants syndicaux encore libres et actifs et d’exiger la libération des militants emprisonnés alors que le verdict des procès est attendu très prochainement.

La prochaine « Lettre » paraîtra dans la seconde quinzaine du mois d’août. Merci aux lecteurs qui ont renouvelé leur abonnement et aux autres de vérifier le terme indiqué sur l’étiquette d’adressage.

Ne touchez pas à Christopher Mung !

Communiqué de la Commission Enquête Chine

Arrêtez les persécutions de syndicalistes à Hong Kong !

La Commission Enquête Chine condamne le mandat d’arrêt lancé par le gouvernement de Hong Kong contre huit militants, dont le dirigeant syndical Christopher Mung. Il est assorti d’un honteux appel à la délation promettant plus de 100 000 euros de récompense. C’est en application de la loi sur la sécurité nationale que ces militants sont accusés de collusion avec des forces étrangères mettant en danger la sécurité nationale. Ils risquent de lourdes peines, allant jusqu’à la prison à vie.

La Commission Enquête Chine rappelle que Christopher Mung, qui fut un des dirigeants de la HKCTU, la confédération syndicale hier contrainte à la dissolution, défilait le 10 mars dernier à Paris en première ligne d’une manifestation contre la réforme des retraites aux côtés des secrétaires généraux de toutes les confédérations syndicales françaises. Le même jour, il fut l’invité d’honneur du 24e Banquet de solidarité que notre Commission organisait. Le 29 juin encore, il était l’invité de la CSI à la Bourse du travail à Paris, reçu par FO, CGT et CFDT

La Commission Enquête Chine adresse son salut fraternel à Christopher Mung et lui apporte tout son soutien, lui qui dans un communiqué du 3 juillet appelle à poursuivre le combat pour les droits ouvriers : « Je ne cesserai pas de défendre les droits des travailleurs de Hong Kong à l’étranger, notamment en travaillant avec des organisations internationales et des syndicats dans différents pays ».

La Commission Enquête Chine, qui combat depuis plus de trente ans pour le droit des travailleurs chinois à s’organiser librement, exige la libération des syndicalistes Lee Cheuk-yan, Carol Ng et Winnie Yu, emprisonnés depuis plus de deux ans, l’arrêt des poursuites et menaces contre les syndicalistes et partisans des libertés démocratiques à Hong Kong comme dans le reste de la Chine.

5 juillet 2023

Les prises de position syndicales en France en soutien de Christopher Mung (extraits) :

Force ouvrière Les syndicalistes Hong-Kongais ne sont donc pas en sécurité, même en exil ! Christopher Mung, syndicaliste hongkongais en exil depuis 2021, a créé un institut pour continuer à porter la voix des travailleurs hongkongais et alerter sur la situation dramatique à Hong-Kong. Aucun militant ne doit être inquiété, incarcéré, torturé ou tué en raison de son engagement, notamment syndical.

CGT La CGT dénonce le mandat d’arrêt prononcé par les autorités hongkongaises, le 3 juillet 2023, à l’encontre de Christopher Mung et de sept militants. La CGT a, dès l’adoption de la loi sur la sécurité nationale, dénoncé ses dispositions liberticides et l’instrumentalisation de cette loi à des fins de répression, entre autres, syndicale. Cette loi a, ainsi, mis fin à la liberté syndicale, au droit de manifester mais aussi au droit de grève.

CFDT La CFDT condamne fermement la démarche des autorités de Hong Kong qui vise à terroriser ses ressortissants même en exil, et en particulier les défenseurs des droits. La CFDT réaffirme son soutien à Christopher Mung et réitère son appel à la libération des syndicalistes emprisonnés, notamment Lee Cheuk Yan et Carol Ng

CSI A la date du 10 juillet, aucune prise de position de la Confédération syndicale internationale (CSI) n’a encore été rendue publique.

Grève chez Xin’an Electrics à Shenzhen (2)

Voici de larges extraits de la seconde partie d’un rapport de China Labour Bulletin sur une grève. Rappel : les ouvriers sont alors en grève pour les salaires et le versement d’avantages sociaux dus. Les caractères gras sont nôtres.

Le rôle des divers échelons du syndicat dans le conflit chez Xin’an Electrics

Xin’an Electrics dispose d’un syndicat d’entreprise, mais selon l’enquête de China Labour Bulletin(CLB), il n’a pas pris de mesures pour représenter les intérêts des travailleurs. Nous [Ndlr : China Labour Bulletin] avons pris connaissance de ses activités lors de nos entretiens avec le centre de prévoyance logement du district de Bao’an et le syndicat de quartier de Xixiang.

Le syndicat de Xixiang nous a dit que le syndicat d’entreprise n’avait pas pris contact avec le syndicat de quartier et qu’il n’avait participé à aucune des activités récentes du syndicat de Xixiang. Nous avons également appris que le syndicat d’entreprise n’avait pas exercé sa fonction de demande d’assistance auprès des syndicats de niveau supérieur lorsque les travailleurs ont commencé à être licenciés en 2020, qu’ils ont commencé il y a deux ans à réclamer des salaires et des avantages sociaux dus et, plus récemment, lorsque l’entreprise a annoncé sa fermeture avant que la grève n’éclate.

La question du fonds logement [Ndlr : le fonds de prévoyance logement est un compte du salarié alimenté par l’employeur et destiné à faciliter l’achat d’un bien immobilier]. Lorsque CLB a contacté le centre de prévoyance logement du district de Bao’an, Mme Huang nous a dit franchement qu’elle avait reçu de nombreux appels de la part des travailleurs de Xin’an Electrics. La fonctionnaire a vérifié ses dossiers pendant que nous étions au téléphone :

CLB : Vous avez les dossiers de plainte ? Quand les plaintes ont-elles commencé ? Il y a trois mois, deux mois, deux semaines ?

Mme Huang : Nous recevons constamment des plaintes de la part des travailleurs, et récemment la situation s’est aggravée, peut-être, parce qu’il y en a beaucoup plus.

Pire encore, la responsable du centre nous a dit que le syndicat d’entreprise avait peut-être signé une résolution interne approuvant la réduction par l’entreprise du pourcentage de contribution au fonds de prévoyance logement. Cela signifie que le syndicat d’entreprise s’est servi de son autorité pour assurer le consentement légal des travailleurs à la réduction de la cotisation, agissant ainsi contre l’intérêt des travailleurs tout en prétendant les représenter.

Mme Huang : La cotisation a été ramenée à 3%.

CLB : Cela ne viole-t-il pas le minimum légal de 5% ?

Mme Huang : Dans des circonstances particulières, ils peuvent demander une réduction.

CLB : Pour ce faire, l’entreprise ne doit-elle pas négocier l’accord avec le syndicat d’entreprise ou remplir certaines formalités lors de la présentation de la demande ? Cela signifie-t-il que le syndicat d’entreprise a accepté la réduction ?

Mme Huang : Normalement, oui, mais il y a eu une période pendant la pandémie où les entreprises pouvaient déposer une demande.

CLB : Mais la pandémie est déjà terminée…

Mme Huang : Au cours de la période précédente, je pense que l’entreprise a demandé une réduction. Laissez-moi vérifier… Je regarde les documents… J’ai ici les résolutions de la réunion syndicale…

Quant à l’intervention du syndicat de Xixiang, un permanent local affirme qu’elle a été lancée à la suite d’un ordre de « médiation et de négociation » venant du syndicat du district de Bao’an. Cependant, le syndicat n’a pas assumé son rôle de représentant des travailleurs dans la négociation et s’est plutôt considéré comme un intermédiaire entre les administrations gouvernementales.

Le responsable du syndicat de Xixiang a déclaré à CLB : « Nous n’avons pas de pouvoir administratif, mais nous ferons de notre mieux pour défendre les intérêts des travailleurs. Nous guiderons les travailleurs qui se plaignent pour qu’ils s’adressent aux organisations compétentes, comme le bureau du travail au niveau du quartier et la commission d’arbitrage du travail, etc. Mais nous ne pouvons le faire que si les travailleurs viennent nous trouver et nous informent de leurs plaintes. C’est alors que nous pourrons comprendre la situation dans l’entreprise et faire de notre mieux, mais, vu comment les choses évoluent, il n’est peut-être pas réaliste de compter sur le syndicat pour résoudre le problème en fin de compte »


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